Lisez! icon: Search engine
Julliard
EAN : 9782260032205
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 192
Format : 130 x 205 mm

À nous regarder, ils s'habitueront

Date de parution : 03/01/2019

« Ils sonnent à l’interphone, s’annoncent, entrent, ouvrent leur casier fermé à clef, y déposent leurs sacs, leurs manteaux, se lavent soigneusement les mains au savon, pendant plusieurs secondes, chacun leur tour, sans parler, sèchent leurs mains avec du papier puis les passent sous une pompe géante de solution hydro-alcoolique,...

« Ils sonnent à l’interphone, s’annoncent, entrent, ouvrent leur casier fermé à clef, y déposent leurs sacs, leurs manteaux, se lavent soigneusement les mains au savon, pendant plusieurs secondes, chacun leur tour, sans parler, sèchent leurs mains avec du papier puis les passent sous une pompe géante de solution hydro-alcoolique, se les frictionnent longtemps, sèchent leurs mains avec du papier, enfilent chacun une blouse jaune transparente, Vincent attache celle d’Alice dans le dos, Alice attache celle de Vincent.
Ils ouvrent la porte qui sépare César du reste du monde. Chaque matin, après avoir accompli tout cela, Alice met la main sur la poignée de la porte, chaque matin elle prend une grande inspiration, ferme les yeux et dit tout bas : j’espère que la nuit s’est bien passée. Chaque matin.
En réalité chaque matin elle se demande : mon bébé est-il mort ? »

Lire la suite
En lire moins
EAN : 9782260032205
Façonnage normé : BROCHE
Nombre de pages : 192
Format : 130 x 205 mm

Ils en parlent

« Ce roman délicat, où l’amour, la mort et la vie ne font qu’un est une petite merveille. » 
Coup de cœur des lectrices / Version Femina

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • mesecritsdunjour Posté le 4 Janvier 2021
    Il est parfois difficile de lire certains livres et pourtant ils nous attirent. La peur d’avoir mal, de souffrir, de raviver une douleur enfouie depuis des années. Il est là, sur l’étagère depuis sa sortie. M’attendant. Me guettant. Je le feuillette. Le déplace. Le met en évidence. Rien n’y fait. Il reste à patienter durant des mois. Allez savoir pourquoi, aujourd’hui je l’ai lu, d’une traite. J’étais prête. Cette histoire est celle de Vincent et Alice dont leur petit garçon est arrivé au monde un peu, beaucoup, trop tôt. C’est aussi celle d’un combat pour la survie. De cette mort qui rôde sans cesse. « Il est minuscule. Encore plus minuscule que tout à l’heure. C’est à peine si je le reconnais. Il ressemble à un petit vieux, la peau fine, ridée de n’être pas assez pleine, le visage fatigué de celui qui a déjà vécu plusieurs vies. La sienne ne fait pourtant que commencer. » Elsa Flageul parle de ces jeunes parents. De l’avant et l’après prématurité. L’enfant qui bouscule toute une vie à 2 en quelques secondes. Ils n’étaient pas prêts. Le choc est violent mais le bébé est bien là. Ils doivent faire face à la situation. De l’arrivée,... Il est parfois difficile de lire certains livres et pourtant ils nous attirent. La peur d’avoir mal, de souffrir, de raviver une douleur enfouie depuis des années. Il est là, sur l’étagère depuis sa sortie. M’attendant. Me guettant. Je le feuillette. Le déplace. Le met en évidence. Rien n’y fait. Il reste à patienter durant des mois. Allez savoir pourquoi, aujourd’hui je l’ai lu, d’une traite. J’étais prête. Cette histoire est celle de Vincent et Alice dont leur petit garçon est arrivé au monde un peu, beaucoup, trop tôt. C’est aussi celle d’un combat pour la survie. De cette mort qui rôde sans cesse. « Il est minuscule. Encore plus minuscule que tout à l’heure. C’est à peine si je le reconnais. Il ressemble à un petit vieux, la peau fine, ridée de n’être pas assez pleine, le visage fatigué de celui qui a déjà vécu plusieurs vies. La sienne ne fait pourtant que commencer. » Elsa Flageul parle de ces jeunes parents. De l’avant et l’après prématurité. L’enfant qui bouscule toute une vie à 2 en quelques secondes. Ils n’étaient pas prêts. Le choc est violent mais le bébé est bien là. Ils doivent faire face à la situation. De l’arrivée, au combat et au dehors. Un roman sensible qui fait écho chez de nombreux parents. Les faits sont là, réels et ils bousculent. Il ne fait pas mal, je dirais plutôt le contraire. La plume d’Elsa Flageul est délicate, rendant l’histoire belle et pleine d’espoir. Je me suis reconnue dans certains passages avec les mêmes interrogations et doutes. « Est-ce vrai ? Vais-je moi aussi être touchée par la grâce et aimer instantanément, plus que moi-même, semblerait-il, cet enfant ? Est-ce que le fait qu’il soit né plus tôt ne va pas gâcher ça, ne va pas m’empêcher de ressentir ça ? Ne vais-je pas avoir peur de son corps, de sa fragilité ? Et si cela n’arrive pas ? Et si chez moi, ça ne fonctionne pas ? » Avec du recul, j’aurais aimé le lire avant de devenir mère. Il peut être une épaule sur laquelle se reposer, une réalité dont on nous protège trop durant la grossesse. Car oui, la naissance ne suit pas des règles bien précises et un couple n’y est jamais préparé. Bouleversant de vérité. http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2020/12/19/38713644.html
    Lire la suite
    En lire moins
  • Leslecturesdemamannature Posté le 19 Décembre 2020
    Le titre et la couverture ne laissent pas vraiment présager de l'histoire à venir, et j'avoue n'avoir lu le résumé que peu de temps avant ma lecture, je ne m'étais pas non plus arrêtée sur les avis, c'est donc sans a priori et un peu comme un saut dans l'inconnu que j'ai débuté ce roman.  Alice et Vincent doivent vivre un des plus beaux moments de leur vie, un moment qui doit sceller leur couple. Pourtant ils n'étaient pas préparés à le vivre de cette façon, nous ne sommes jamais préparés à ce que les choses ne soient pas comme nous les prévoyons. Alors que tous les autres avancent dans leur vie, eux ont pris un autre chemin, un nouveau départ imprévu et pourtant il faut faire face. Sauf qu'Alice n'est pas vraiment prête, les choses s'enchainent et chaque jour elle se demande si finalement son fils est encore en vie… Faire face au bonheur un peu entaché par l'inquiétude et l'urgence. Apprendre les gestes d'amour en même temps que les gestes de soin et le langage médical. Vivre ses premiers jours, ses premières semaines un peu en spectateur entouré d'une équipe si forte, se sentir loin des pédiatres si détachés… S'apprivoiser... Le titre et la couverture ne laissent pas vraiment présager de l'histoire à venir, et j'avoue n'avoir lu le résumé que peu de temps avant ma lecture, je ne m'étais pas non plus arrêtée sur les avis, c'est donc sans a priori et un peu comme un saut dans l'inconnu que j'ai débuté ce roman.  Alice et Vincent doivent vivre un des plus beaux moments de leur vie, un moment qui doit sceller leur couple. Pourtant ils n'étaient pas préparés à le vivre de cette façon, nous ne sommes jamais préparés à ce que les choses ne soient pas comme nous les prévoyons. Alors que tous les autres avancent dans leur vie, eux ont pris un autre chemin, un nouveau départ imprévu et pourtant il faut faire face. Sauf qu'Alice n'est pas vraiment prête, les choses s'enchainent et chaque jour elle se demande si finalement son fils est encore en vie… Faire face au bonheur un peu entaché par l'inquiétude et l'urgence. Apprendre les gestes d'amour en même temps que les gestes de soin et le langage médical. Vivre ses premiers jours, ses premières semaines un peu en spectateur entouré d'une équipe si forte, se sentir loin des pédiatres si détachés… S'apprivoiser malgré les machines, devenir mère, se sentir mère dans ce contexte si particulier quand on le devient trop vite et que rien n'est prêt. Alice aura besoin de temps sans oser le formuler, jusqu'au jour où elle ressent enfin cet attachement qui vous prend aux entrailles et ne vous quitte plus. Cela ne l'empêchera pas de faire une dépression post-partum et pourtant elle n'ose en parler, ne comprend pas que Vincent ne voie pas au-delà des sourires de façade, cette amour qui la ronge , son fils qu'elle veut sauver comme tous les autres enfants, si seulement… Elle s'enferme dans son silence, se mure avec son fils et la distance s'installe.  Ce roman est touchant, criant de vérité, désarmant… Les mots vous embarquent dans cette univers calfeutré où l'inquiétude est de mise mais chaque petite victoire un pas vers l'avenir. Alice est attachante et j'ai aimé lire ses doutes, ses inquiétudes son envie de bien faire, sa réserve. Vincent est à la hauteur et pourtant ce chamboulement dans leur vie va créer un fossé, lui pour qui la vie reprendra plus vite alors qu'elle va se dévouer à son nouveau rôle pas vraiment par choix mais par ces circonstances qui l'imposent. J'aurai cependant aimé que la dernière partie soit plus approfondie, pourquoi aborder la dépression post-partum sans la nommer sans aller au bout du processus de guérison, juste la survoler… . Par contre la fin est très belle et très douce, une véritable promesse. Un très joli roman sur la parentalité, la maternité qui parfois prend des chemins de traverse. Un livre à lire pour penser à tous ceux qui vivent des parcours différents car cela n'arrive pas qu'aux autres. Un livre plein d'empathie, terriblement touchant. J'espère pouvoir découvrir d'autres roman d'Elsa Flageul!
    Lire la suite
    En lire moins
  • prune42 Posté le 15 Avril 2020
    Alice perd les eaux à 33 semaines de grossesse. Elle se retrouve aux Urgences mais il est impossible de retarder la naissance. Elle va accoucher d'un petit César qui va être transféré en néonatalogie pendant quelques semaines. Avec son compagnon Vincent, Alice fait la connaissance de ce "bébé dragon" si petit, fragile et de toutes les machines qui l'entourent et le surveillent. Alice éprouve toute une gamme de sentiments : angoisse, amour exclusif pour son enfant, sentiment d'être dépossédée de soi, besoin de solitude… César grandit, il change d'hôpital puis revient à la maison mais il aura changé à jamais la vie de ses parents. Ce court roman de 170 pages parle de prématurité et évoque la difficile expérience de jeunes parents confrontés à un premier enfant né trop tôt, à 7 mois de grossesse. J'ai rarement lu de livres sur ce thème mais je le trouvais intéressant et instructif, d'autant plus que j'y ai été confrontée à une époque. J'ai été un peu étonnée et déçue par le récit en lui-même qui m'a semblé parfois plus littéraire que vraisemblable. Par exemple, il n'est jamais évoqué le poids ni la taille du bébé alors qu'à mon avis, c'est une des premières choses... Alice perd les eaux à 33 semaines de grossesse. Elle se retrouve aux Urgences mais il est impossible de retarder la naissance. Elle va accoucher d'un petit César qui va être transféré en néonatalogie pendant quelques semaines. Avec son compagnon Vincent, Alice fait la connaissance de ce "bébé dragon" si petit, fragile et de toutes les machines qui l'entourent et le surveillent. Alice éprouve toute une gamme de sentiments : angoisse, amour exclusif pour son enfant, sentiment d'être dépossédée de soi, besoin de solitude… César grandit, il change d'hôpital puis revient à la maison mais il aura changé à jamais la vie de ses parents. Ce court roman de 170 pages parle de prématurité et évoque la difficile expérience de jeunes parents confrontés à un premier enfant né trop tôt, à 7 mois de grossesse. J'ai rarement lu de livres sur ce thème mais je le trouvais intéressant et instructif, d'autant plus que j'y ai été confrontée à une époque. J'ai été un peu étonnée et déçue par le récit en lui-même qui m'a semblé parfois plus littéraire que vraisemblable. Par exemple, il n'est jamais évoqué le poids ni la taille du bébé alors qu'à mon avis, c'est une des premières choses dont on parle dans ces cas-là. L'auteur se focalise aussi surtout sur les sentiments de la maman face à son bébé et moins sur des choses concrètes, des détails qui auraient rendu le récit plus vraisemblable, j'ai trouvé ça étonnant aussi. Je pensais aussi éprouver plus d'empathie pour ce couple, être plus touchée par ce qu'ils vivent et finalement, je suis restée un peu à la surface, malgré le thème qui aurait dû vraiment m'atteindre. Par contre, j'ai trouvé que les difficultés du couple sonnent très juste. Déjà qu'avoir un enfant apporte des changements considérables dans la vie d'un couple, alors quand il s'agit d'un enfant différent ou d'une naissance difficile, c'est encore plus vrai et cette partie là m'a paru très vraie. Concernant le livre en lui-même, je trouve la couverture représentant un personnage féminin en train de flotter sur l'eau étrange, je ne vois pas le rapport avec le livre, ou alors la métaphore est à chercher très loin. Idem pour le titre qui me paraît énigmatique et s'il s'explique par la citation de René Char, je trouve que le rapport entre les deux est obscur et pas assez développé. Je trouve que cette couverture et ce titre représentent mal ce récit, ils ne lui rendent pas service, à mon avis personnel.
    Lire la suite
    En lire moins
  • jg69 Posté le 13 Octobre 2019
    Devenir parents c'est passer de l'autre côté, sur l'autre rive, mais Alice et Vincent ne sont pas prêts quand leur premier bébé s'annonce deux mois avant la date prévue. C'est le parcours de ces jeunes parents qu'Elsa Flageul nous raconte ici dans un roman en trois parties "L'arrivée", "Le combat" et "Dehors". Pour Alice qui aime tout maîtriser, rien ne se passe comme prévu avec cette naissance loin du conte de fées, une naissance qu'il leur est impossible de célébrer avec famille et amis. Entre culpabilité, angoisse de mort et crainte d'un avenir fait de handicap il leur faut rester dans le présent et refuser de se projeter dans un futur incertain. Donner à leur enfant un prénom de combattant, César, avoir l'impression que les premiers jours de leur enfant leur sont volés, passer leurs journées à l'hôpital auprès de leur "bébé dragon" gavé et perfusé, surveiller son cœur qui fait des cabrioles, ses lèvres qui bleuissent, vivre avec la peur permanente, ne pas penser aux possibles lésions cérébrales, aux possibles séquelles... voilà ce qui constitue leur quotidien. Tenir, tenir.."Est-ce ça être parents? Faire des tours de garde sur le chemin de ronde, l'un après l'autre? Oui, pour que le château jamais... Devenir parents c'est passer de l'autre côté, sur l'autre rive, mais Alice et Vincent ne sont pas prêts quand leur premier bébé s'annonce deux mois avant la date prévue. C'est le parcours de ces jeunes parents qu'Elsa Flageul nous raconte ici dans un roman en trois parties "L'arrivée", "Le combat" et "Dehors". Pour Alice qui aime tout maîtriser, rien ne se passe comme prévu avec cette naissance loin du conte de fées, une naissance qu'il leur est impossible de célébrer avec famille et amis. Entre culpabilité, angoisse de mort et crainte d'un avenir fait de handicap il leur faut rester dans le présent et refuser de se projeter dans un futur incertain. Donner à leur enfant un prénom de combattant, César, avoir l'impression que les premiers jours de leur enfant leur sont volés, passer leurs journées à l'hôpital auprès de leur "bébé dragon" gavé et perfusé, surveiller son cœur qui fait des cabrioles, ses lèvres qui bleuissent, vivre avec la peur permanente, ne pas penser aux possibles lésions cérébrales, aux possibles séquelles... voilà ce qui constitue leur quotidien. Tenir, tenir.."Est-ce ça être parents? Faire des tours de garde sur le chemin de ronde, l'un après l'autre? Oui, pour que le château jamais ne s'écroule" . Pour Alice craindre que César ne la reconnaisse pas comme sa mère mais aussi avoir du mal à se sentir mère, "Ne devrais-je pas m'oublier totalement? N'est-ce pas cela être mère?"... Rentrer à la maison sans lui... Puis vivre le retour de César à la maison avec l'ennui qui s'installe dans ses journées qui n'en finissent pas... Comprendre qu'elle ne pourra plus jamais être tranquille avec la peur qui ne la quitte pas... Se sentir sombrer sans pouvoir partager avec Vincent ses inquiétudes... Sentir la distance s'installer entre eux... Ne plus avoir aucune intimité, n'être plus que des partenaires de combat... Découvrir des sentiments dont personne ne lui a jamais parlé.. " Il faudrait enfin cracher les serpents de la peur, ceux qui sont entrés en elle à l'hôpital pour ne plus jamais en sortir et dont le venin est devenu son sang." Elsa Flageul analyse avec minutie et une extrême justesse les étapes que traverse ce jeune couple, le combat qu'il doit mener. Le récit est surtout centré sur Alice, des extraits de son journal ponctuent le récit. Elsa Flageul analyse au scalpel les sentiments de la jeune maman, sa difficulté à devenir mère, la peur qui ne la quitte pas, tout est infiniment juste et précis avec une montée en puissance dans la troisième partie. Elsa Flageul n'occulte rien... Ce récit sur la difficulté à devenir parents, de surcroît quand l'enfant est prématuré, se termine d'une façon infiniment délicate. Très émouvant dans sa justesse...
    Lire la suite
    En lire moins
  • fguer1 Posté le 8 Septembre 2019
    À nous regarder, ils s'habitueront - Elsa Flageul "En réalité, chaque matin elle se demande : mon bébé est-il mort ?" Alice et Vincent s'aiment. Alice et Vincent attendent un heureux événement... Mais tout se précipite. L'enfant naît avec deux mois d'avance, un bébé minuscule qui a "le cœur qui cabriole ?" avec un pronostic réservé. Voilà pour le décor. C'est d'abord celui de l'hôpital, de l'attente suspendue aux lèvres des soignants, de la peur lancinante qui terrasse Alice, de la sensation d'être coupés du reste du monde, en état d'exception, comme si la vie se poursuivait sans elle, sur l'autre rive. "De cette autre rive, je regarde ces gens normaux, silhouettes de papier dont je ne sais rien et qui ont l'air d'avoir une vie parfaite, sans histoires, sans heurts, sans douleurs, une vie témoin comme il y a des maisons témoins. Sûr qu'ils ne voudraient pas être dans ma peau. Moi non plus d'ailleurs." D'emblée, Elsa Flageul nous invite à confronter les points de vue d'Alice qui, pour se maintenir à flot, écrit son journal des évènements, et de Vincent, son compagnon. Ainsi alternent des chapitres à la première personne, empreints de subjectivité, et des chapitres à la troisième qui tentent de... À nous regarder, ils s'habitueront - Elsa Flageul "En réalité, chaque matin elle se demande : mon bébé est-il mort ?" Alice et Vincent s'aiment. Alice et Vincent attendent un heureux événement... Mais tout se précipite. L'enfant naît avec deux mois d'avance, un bébé minuscule qui a "le cœur qui cabriole ?" avec un pronostic réservé. Voilà pour le décor. C'est d'abord celui de l'hôpital, de l'attente suspendue aux lèvres des soignants, de la peur lancinante qui terrasse Alice, de la sensation d'être coupés du reste du monde, en état d'exception, comme si la vie se poursuivait sans elle, sur l'autre rive. "De cette autre rive, je regarde ces gens normaux, silhouettes de papier dont je ne sais rien et qui ont l'air d'avoir une vie parfaite, sans histoires, sans heurts, sans douleurs, une vie témoin comme il y a des maisons témoins. Sûr qu'ils ne voudraient pas être dans ma peau. Moi non plus d'ailleurs." D'emblée, Elsa Flageul nous invite à confronter les points de vue d'Alice qui, pour se maintenir à flot, écrit son journal des évènements, et de Vincent, son compagnon. Ainsi alternent des chapitres à la première personne, empreints de subjectivité, et des chapitres à la troisième qui tentent de donner un point de vue plus neutre ou plus objectif de la même situation. Si le procédé peut sembler parfois maladroit, qui nous oblige à lire deux fois les mêmes événements, il a l'avantage de nous permettre de cheminer en suivant la logique de cette mère, depuis son accouchement jusqu'aux deux ans du bébé. Et d’entrevoir comment le fantasme, toujours, imprime sa marque sur les évènements. J'ai été particulièrement intéressée par la dernière partie du livre qui débute lorsque l'enfant quitte enfin l’hôpital. Ce qu’ils n’osaient attendre est enfin arrivé, les voilà tous trois réunis. Mais, assez logiquement, la sortie de néonatologie semble vécue comme un désarrimage pour cette mère que l’institution hospitalière avait protégée jusqu’alors, du face à face avec l’enfant. Si Vincent peut s’étayer sur son travail, Alice rumine son ressentiment en accomplissant, sans goût, des tâches infinies. J’ai trouvé très juste la question de la rancune jamais purgée qu’Alice nourrit secrètement à l’égard de Vincent. « Ce qu’elle pensait avoir oublié lui revient en pleine face, empoisonné par cet oubli qu’elle n’a pas su se faire. Et Vincent qui ne voit pas. Bien sûr elle fait tout pour masquer. Mais elle lui en veut d’être dupe. » La jeune femme, qui montre à maintes reprises qu'elle ne croit pas aux effets de la parole, s'enferme dans le silence et une position sacrificielle aussi vaine que destructrice. Le mécanisme de cet enfermement est ici discrètement exposé et, pour cette troisième partie qui est loin de ne concerner que les parents d'enfants prématurés, je recommande la lecture de ce livre à tous les jeunes parents qui se soucient de leur couple soumis aux effets parfois délétères de la naissance.
    Lire la suite
    En lire moins
ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER DE JULLIARD
Les éditions Julliard sont spécialisées dans la littérature française contemporaine. Julliard ne cesse de découvrir de nouveaux talents et d'enrichir son catalogue avec des textes d'auteurs à la personnalité toujours singulière, et au style inimitable. Chaque mois, recevez toutes les actualités de la maison en vous abonnant à notre newsletter.