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            Par Béatrice Copper-Royer, publié le 08/03/2019
            Au secours des belles-mères

            Il y a la fête des mères, la fête des pères, la fête des grands-mères… je crois qu’il serait juste d’ajouter celle des belles-mères !

            Pas la mère du fils que l’on épouse, mais celle qui est mariée, ou vit, avec un homme qui a des enfants d’une précédente union.

            Car pour elle la tâche est rude ! Il lui faut souvent déployer des trésors de patience, de finesse, d’attention, de générosité aussi, pour tordre le cou au pénible préjugé que vont avoir, à son encontre, ses beaux-enfants. Surtout s’ils sont adolescents.

            Comme dans les contes de fée, de Blanche Neige à Hansel et Gretel, en passant par Cendrillon, la nouvelle épouse, compagne, de leur père, représente la marâtre. Sauf que, contrairement aux contes de fée, leurs mères ne sont pas mortes, mais bien vivantes sous un autre toit.

            Souvent laide, toujours méchante, acariâtre et rivale, la marâtre ne peut être qu’une figure hostile et persécutante. Cette représentation d’une belle-mère nécessairement odieuse qui incarne véritablement la « mauvaise mère » permet à ces jeunes adolescents de préserver intacte l’image maternelle. En attaquant belle-maman, ils épargnent maman ! Ils évitent donc de prendre avec leur mère une distance qu’autrement ils jugeraient nécessaire. Une économie non négligeable, car ce travail de distanciation que font les garçons et les filles au moment de l’adolescence, peut être très angoissant. Pour certains d’entre eux en effet, s’éloigner des parents c’est peut-être les perdre et se perdre. Il y a bien une économie de ce risque-là chez ces adolescents. Ils peuvent reprocher à leur belle-mère tout ce qu’ils ne pourraient pas reprocher à leur mère sans ressentir quelques scrupules ou une vraie culpabilité. Le lien avec la mère est alors préservé et, pour peu que celle-ci s’y prête, risque de devenir parfois fusionnel.

            Dans une famille recomposée la place des beaux-parents et les rapports de leurs beaux-enfants avec eux évoquent le plus souvent des situations complexes, parfois douloureuses, voire violentes. Pour les enfants, cet adulte, compagnon ou compagne du père ou de la mère, est perçu souvent comme un fauteur de troubles, celui qui porte le poids de la rupture du couple parental, même si ce n’est pas le cas ! Sa présence confirme à l’enfant, quel que soit son âge, qu’il doit faire le deuil des parents réunis. Ce n’est pas rien, car ce fantasme peut perdurer bien au-delà du temps de la séparation, alors même que la réalité leur prouve le contraire, que leurs parents se parlent peu ou pas, et que certains même continuent de se détester cordialement malgré le temps qui passe.

            Dans ce moment de leur vie où les pulsions agressives montent d’un cran, où toutes les occasions sont bonnes pour faire entendre sa mauvaise humeur et son indépendance, c’est très naturellement à leurs beaux-parents, sortes « d’adultes surnuméraires » dont ils n’ont pas besoin, qu’ils vont exprimer leur colère.

            Leurs parents sont peinés de cette hostilité. Elle confirme leurs craintes initiales et vient briser leur joli vœu d’harmonie ! Elle réactive aussi leur culpabilité, ou, pour certains, elle l’active tout simplement.  Du coup ils sont comme « empêchés » de réagir comme ils devraient le faire. Leur silence ou leur passivité n’arrangent rien, bien au contraire. Certains vont au-delà de la simple inertie et adoptent vis-à-vis de leurs enfants, une attitude de surprotection qui ne va faire qu’accentuer les conflits, alors que certaines tensions pourraient s’apaiser aisément. Et les pères semblent particulièrement forts à ce jeu-là !

            À entendre de nombreuses belles-mères évoquer leurs difficultés à se faire respecter des enfants de leurs conjoints, on peut se demander si ceux-ci prennent bien la mesure des souffrances et des frustrations que cela nourrit chez elles. Sans doute pas, car ce qu’elles évoquent surtout, et ce qui met leurs nerfs et leur patience à rude épreuve, c’est la passivité de ces pères - certaines parlent de couardise - qui balaient d’un revers de la main leurs plaintes qui pourtant se répètent.

            Elles éprouvent alors un sentiment de solitude lourd, un sentiment d’injustice aussi, d’être obligées de supporter sans broncher ou sans pouvoir se faire entendre. Elles ont du mal à comprendre les ressorts qui se cachent derrière cette forme de démission. Il n’y en a pas qu’un seul, bien sûr, car chaque histoire est singulière. Mais il y a à l’évidence, une grande part de culpabilité chez ces hommes. Aujourd’hui sans doute plus qu’autrefois car ils sont plus concernés par les émotions de leurs enfants que ne l’étaient leurs aînés. Même s’ils ne le reconnaissent pas tous, ils s’en veulent de leur avoir imposé l’éclatement de la cellule familiale, surtout quand ils sont encore petits. Pour ceux dont les enfants sont adolescents, se rajoute aussi la peur du conflit et celle, somme toute assez puérile, d’être moins aimé que l’autre parent. Elles les conduisent à faire la politique de l’autruche !

            Bien sûr toutes les belles-mères ne sont pas des saintes. Certaines, les témoignages hélas sont là pour nous le confirmer, manquent cruellement de délicatesse vis-à-vis de leurs beaux-enfants, et reçoivent sans doute en retour ce qu’elles méritent. Mais elles ne doivent pas faire oublier pour autant toutes celles qui jour après jour, et malgré l’adversité, s’efforcent de créer un peu d’harmonie dans cette famille pas si facile à recomposer. Elles sont nombreuses et méritent qu’on les soutienne.        

            Béatrice Copper-Royer
            Psychologue clinicienne, co-fondatrice de l%7association e-enfance