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EAN : 9782266296014
Code sériel : 6077
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 432
Format : 108 x 177 mm

L'Oeuvre

Pierre-Louis Rey (préface de)
Date de parution : 02/05/2019

LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE

Ce livre sur la peinture, « où ses souvenirs et son cœur ont débordé », Zola en retarde l’écriture durant vingt ans pour ne pas choquer son ami Cézanne qui se reconnut dans ce portrait impitoyable.
Dans L’Œuvre, il est l’écrivain Pierre Sandoz, qui pose pour son...

LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE

Ce livre sur la peinture, « où ses souvenirs et son cœur ont débordé », Zola en retarde l’écriture durant vingt ans pour ne pas choquer son ami Cézanne qui se reconnut dans ce portrait impitoyable.
Dans L’Œuvre, il est l’écrivain Pierre Sandoz, qui pose pour son camarade Claude Lantier, artiste maudit poursuivant sa révolution picturale qui annonce les impressionnistes. Un rêve grandiose et lamentable à peine éclairé par une idylle qui sombrera elle aussi. Les tableaux de Claude déchaînent les rires. Il s’obstine pourtant, fou d’absolu, rongé d’incertitudes, damné, courant après un génie introuvable et un gigantesque chef-d’œuvre inachevé.

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EAN : 9782266296014
Code sériel : 6077
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 432
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • floandbooks Posté le 26 Septembre 2021
    Nous suivons Claude Lantier, peintre un peu aigri, qui cherche à réaliser son « œuvre », cette peinture qui fera de lui un grand artiste. Il est entouré de ses amis écrivains, peintres, architectes, notamment Sandoz, personnage autobiographique pour Zola. Au travers de cette recherche, Lantier va se perdre et va perdre même un peu plus… Si je devais vous en dire plus, je vous parlerai de Christine car elle arrive au tout début du livre. Leur rencontre est furtive, sous la pluie, et c’est là que naît l’œuvre de Claude. Leur relation va évoluer tout au long du roman, mais un troisième personnage va peu à peu détruire ce duo… Sans vous en dire plus… J’ai beaucoup aimé ce tome qui tourne autour de l’art et du jugement de la peinture. Lantier est très critiqué par ses pères car sa peinture n’est pas celle qui se fait « habituellement », même ses amis ne la comprenne pas et entrent en conflit avec Claude. J’ai trouvé ce combat assez juste, car Claude est un artiste, un passionné, qui donne tout pour son art, il vit pour ses tableaux, quitte à tout lâcher, quitte à ne plus en dormir, juste pour trouver le... Nous suivons Claude Lantier, peintre un peu aigri, qui cherche à réaliser son « œuvre », cette peinture qui fera de lui un grand artiste. Il est entouré de ses amis écrivains, peintres, architectes, notamment Sandoz, personnage autobiographique pour Zola. Au travers de cette recherche, Lantier va se perdre et va perdre même un peu plus… Si je devais vous en dire plus, je vous parlerai de Christine car elle arrive au tout début du livre. Leur rencontre est furtive, sous la pluie, et c’est là que naît l’œuvre de Claude. Leur relation va évoluer tout au long du roman, mais un troisième personnage va peu à peu détruire ce duo… Sans vous en dire plus… J’ai beaucoup aimé ce tome qui tourne autour de l’art et du jugement de la peinture. Lantier est très critiqué par ses pères car sa peinture n’est pas celle qui se fait « habituellement », même ses amis ne la comprenne pas et entrent en conflit avec Claude. J’ai trouvé ce combat assez juste, car Claude est un artiste, un passionné, qui donne tout pour son art, il vit pour ses tableaux, quitte à tout lâcher, quitte à ne plus en dormir, juste pour trouver le bon moment, la bonne couleur, la bonne lumière… Zola sait trouver les mots pour décrire ces émotions. J’ai aussi beaucoup aimé comparer Sandoz à Zola car il y a aussi dans ce livre un conflit entre Zola et Paul Cézanne car Cézanne a accusé Zola de mettre beaucoup de lui dans son personnage de Lantier, Zola s’en défendant en disant qu’il s’inspirait d’un autre peintre (Monnet? Manet? Je ne sais jamais…). Je n’ai pas assez creusé cette anecdote mais j’ai vu le film Cézanne et moi, qui est à mettre en parallèle de L’œuvre, et il est intéressant de voir la relation Zola-Cézanne.
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  • Marcc Posté le 5 Septembre 2021
    Pour cet opus des Rougon Macquart c’est le monde de l’art parisien qui est visité. Emile Zola est un témoin de première ligne et emprunte à sa propre autobiographie pour peindre de jeunes artistes voulant en découdre avec l’académisme. On le sent au plus proche de son sujet, le livre touche du doigt un réalisme saisissant. Ça grouille de détails et d’anecdotes qui rendent vraies les psychologies des personnages et leurs trajectoires. J’étais un peu fâché avec d’autres volumes inutilement misanthropes et qui versaient dans le sensationnel. Mais ici le ton est parfaitement trouvé, dépouillé de jugement profondément mélancolique et tendre. Mélancolique parce qu’il décrit l’entrelacement des blessures d’artiste avec les blessures de l’existence (c’est le Rougon Macquart de la crise de la quarantaine?). Insuccès et rivalités sont les moteurs de la fissuration de l’amour et de l’amitié. La création douloureuse voir impossible est le germe de la dépression et du vieillissement. Tendre malgré ce pessimisme parce que Zola fait preuve d’empathie envers ses personnages qui comme lui trébuchent sur le chemin de l’art. Ce sont des émotions puissantes qui se dégagent de L’oeuvre tout en étant un beau documentaire sur la vie d’artiste.
  • HenryWar Posté le 27 Août 2021
    Retour à Zola, dont j’admire la plume à défaut souvent des idées (atavisme, misérabilisme, symbolisme, systématisme en général et déformation du matériau humain à des fins plutôt de carrière ou de politique que de vérité pure). Zola constitue une source littéraire à laquelle il est, je trouve, profitable de revenir régulièrement de façon à se purifier des pauvretés stylistiques notamment contemporaines qui nous contaminent. C’est au point qu’un lecteur accoutumé à ne traverser que les gribouillages actuels jugera trop difficile sans doute un tel abord, et vaincu par cet effort auquel il est depuis longtemps déshabitué, il ahanera un moment avant d’estimer, pour le confort de son amour-propre, l’ouvrage volontairement trop ampoulé, fait alambiqué pour rebuter. Ce n’est pourtant pas ésotérique, mais quoi : c’est de la littérature ! On a tout oublié de ce que c’est, et on se figure souvent qu’un livre, c’est une histoire divertissante. La majorité des lecteurs lisent tout juste comme des enfants de collège : privilégier l’action et particulièrement les péripéties impressionnantes et incroyables, et ne pas s’attacher au style. Mais ma manie me reprend de tancer le livre contemporain, c’est une maladie dont je ne guéris point ; ce n’est pourtant pas le sujet,... Retour à Zola, dont j’admire la plume à défaut souvent des idées (atavisme, misérabilisme, symbolisme, systématisme en général et déformation du matériau humain à des fins plutôt de carrière ou de politique que de vérité pure). Zola constitue une source littéraire à laquelle il est, je trouve, profitable de revenir régulièrement de façon à se purifier des pauvretés stylistiques notamment contemporaines qui nous contaminent. C’est au point qu’un lecteur accoutumé à ne traverser que les gribouillages actuels jugera trop difficile sans doute un tel abord, et vaincu par cet effort auquel il est depuis longtemps déshabitué, il ahanera un moment avant d’estimer, pour le confort de son amour-propre, l’ouvrage volontairement trop ampoulé, fait alambiqué pour rebuter. Ce n’est pourtant pas ésotérique, mais quoi : c’est de la littérature ! On a tout oublié de ce que c’est, et on se figure souvent qu’un livre, c’est une histoire divertissante. La majorité des lecteurs lisent tout juste comme des enfants de collège : privilégier l’action et particulièrement les péripéties impressionnantes et incroyables, et ne pas s’attacher au style. Mais ma manie me reprend de tancer le livre contemporain, c’est une maladie dont je ne guéris point ; ce n’est pourtant pas le sujet, il vaudrait mieux que je me continsse… quoique. Voici : un Lantier, Claude cette fois, est un jeune peintre résolu à faire carrière à Paris. Ambitieux et novateur, il aspire à créer un style pittoresque, baigné de lumière et de matière, dont il serait le premier représentant et l’exemple accompli : mais il s’oppose à l’orthodoxie du Salon, alors seul moyen d’accès à une large notoriété, qui ne sélectionne ses tableaux exposés qu’en raison de codes classiques. Et Claude refuse les concessions et n’a d’intérêt que pour son idéal et son art. Cette intrigue, documentée par un critique d’art féru (ce qu’on ignore parfois de Zola), est une illustration romancée de l’opposition entre le réalisme, et notamment le réalisme impressionniste naissant, et tous les académismes conservateurs qui ont tâché d’empêcher et de conspuer par principe de pareilles tentatives. La situation chronologique du récit est instructive à plus d’un titre : on y apprend mieux, je trouve, la date exacte où prit naissance en peinture à la fois l’exaltation des œuvres de pacotille, et l’émergence d’un agiotage artistique – que j’avais crues, dans ma naïveté, postérieures à la fin du XIXème siècle. Le sujet est pourtant plus dense, mais je crains la lapalissade à le dire : il touche à la fascination maladive de l’artiste pour son travail et aux empêchements que met alors toute une société d’avantages pour entraver le succès des véritables et jeunes talents. On sait mon humilité (hum !) et combien je m’estime justement rabroué par les éditeurs avisés : on n’y verra donc aucune similitude avec ma situation, ce qui me permettra de rendre une critique tout dépassionnée, évidemment… L’intérêt de ce roman en particulier est dans la notion d’effort, dans la torture implacable que s’inflige Claude pour produire une œuvre puissante à présenter au jury du Salon : on y sent une lutte intérieure, tous les enthousiasmes et dégoûts de fanatique que traverse un artiste transporté par ses ambitions et ses espoirs de succès, tous les affreux doutes, noyés au dernier degré de sacerdoce, qui assaillent sans répit le créateur d’images et d’idées se refusant au compromis : cette représentation de l’artiste « en tourment » est certainement anachronique pour nous, et on ne lira plus cette œuvre qu’en y considérant l’emphase et l’hyperbole, à travers le sacrifice mystique et presque drôle de ce Lantier-ci, réduit à une espèce de folie à présent incompréhensible. C’est que, comme nul de nos jours n’est capable d’accomplir son métier sérieusement et avec compétence, sans parler encore de la roide philosophie qu’il faut pour espérer atteindre à quelque Vérité et qui ne subsiste dans notre société que sous la forme de fantasmes et de facilités, cet acharnement n’est pas même entendable pour la plupart, et l’on croit alors, logiquement, à un être de papier qu’un auteur s’amuse tout bonnement à torturer de visions et de rêves irréalisables. Or, Zola ne joue pas, et, peut-être pour la première fois de sa carrière, il ne feint pas tout à fait d’être un autre par goût des expérimentations pures : c’est qu’il est largement ce Claude dont il parle, ce passionné d’art et de douleurs, cet éternel insatisfait de la création. L’étrange, seulement, est que Zola – par pudeur ? par lâcheté ? – n’ait pas produit là, justement, un écrivain au lieu d’un peintre. Je comprends pourtant un peu ce choix sans le défendre : c’est que les conflits d’école qui ont occupé la peinture sont peut-être plus explicites, plus nettement représentables à travers des entités bien visibles et moins souterraines – le Salon et ses jurés qu’on peut faire délibérer en dialogues, le public qu’on peut mettre ensemble dans une même salle d’exposition, les affres et minuties de l’art qu’on peut aisément figurer par notes gestuelles et colorées de l’artiste-peintre en mouvements –, mais d’un autre côté, ce parti pris consiste également en la fuite d’une difficulté littéraire, celle qu’il y aurait à relater les tourments de l’écriture et les variétés de sa réception en des effets moins évidents, moins picturaux, quoique – et c’eût été l’avantage – bien plus connus de l’auteur. Un personnage seul, Sandoz, incarne nettement le romancier, mais de façon secondaire, pour mettre en parallèle les insatisfactions chroniques d’artistes novateurs chacun dans leur domaine. Pourtant, ce Sandoz acharné n’est pas le sujet principal de l’œuvre : pourquoi ? Est-ce parce que l’écrivain naturaliste, dans un souci d’amplification des caractères humains moins réaliste que théorique, ne sent pas judicieux de représenter un être plus nuancé, plus subtil, moins dramatique, plus réel en somme, comme il existe lui-même, tout à l’image de ce qu’il est ? Au fond, c’est à se demander si cette élection d’un peintre plutôt que d’un écrivain – car la question fut inévitable pour l’auteur – ne constitue pas le tacite aveu d’échec de toute l’école que Zola a prétendu élever, car son « réel » ne résiste pas à la transposition exacte d’une réalité effective, et les personnages qu’il inclut sont toujours des types, des entités avant que des personnes, que de véritables individus observés – sinon, pourquoi en l’occurrence ne se serait-il pas pris en exemple et mis en scène ? pourquoi se serait-il défié, même en grossissant ses propres traits, de sélectionner l’art où il avait le plus d’affinité et de pratique ? Une pudeur peut-être l’a retenu : ou bien celle consistant à ne pas exposer les vices du monde littéraire – agiotage aussi, pistons, éditeurs, réclame, etc… – et c’est en ce cas une lâcheté et une façon de défense de ces vices ; ou bien cette autre pudeur induisant la révélation de ses propres tourments, psychologiques et relationnels, et par exemple conjugaux peut-être, auquel cas la couardise, au sein de l’école de la réalité qu’il a formée, tourne à l’aporie pure et simple, à la contradiction insoluble et honteuse – d’ailleurs, on le sait : Zola ne se gêne pas, en général, pour faire toute la lumière crue sur les réalités quotidiennes des travailleurs et des bourgeois, mais ce serait donc… à condition que cette impudeur ne touchât pas à l’univers où il vit ? Hypocrisie, tartuferie : l’audace est avortée, ici, faute d’avoir lui-même posé, véridique et brave, en type même de l’artiste, et d’avoir publié les lumières de sa propre vie : quotidien, conscience, milieu et art… Le réalisme de Zola, c’est donc l’art d’exposer ce qui n’existe pas, mais avec l’insistance de ceux qui prennent leurs désirs, ou leurs visions de l’homme, pour la réalité – ce qui se démontre par le fait que l’occasion patente, incontournable même, de retranscrire une réalité empirique est ici, en conscience, négligée, au profit d’une forme de réalité virtuelle. Et c’est, d’ailleurs, tout ce qui relève de la fiction qui m’indispose assez dans l’intrigue de L’Œuvre, et peut-être plus généralement dans les romans de Zola : la peinture m’émeut, le coup d’œil esthétique aussi, mais pas l’implacable et sinistre machine en déroulement, toujours empreinte d’un fatalisme dont elle tire malgré elle du romantisme son interprétation morale. Par exemple, dans celui-ci, ni le personnage de Christine, qui va aimer Claude en Madeleine et pour son unique malheur, en martyre indirecte et pleureuse ; ni le fils du couple condamné-maudit, enfant né pour la mort, difforme, fruit pourri d’une lignée en fin de règne, décadente, au sang appauvri, vil et maladif, dont Zola-Dieu ne se sert cruellement que pour appuyer sa théorie bancale des villes qui anémient et tuberculent ; ni même la psychologie de Claude, intransigeant au suprême degré, d’une obsession excessive, maladive, à la philosophie déréglée, abstinent sexuellement lorsqu’il médite un tableau (quel mythe absurde ! en quoi la frustration sexuelle, et donc l’obsession progressive du sexe chez l’homme, serait-elle un ferment propice à créer ce qui n’a que rarement pour but de rendre compte d’un état de lubricité ?), ce Lantier qui ne peindra en tout que trois ou quatre œuvres entières de sa vie et dont il brûlera presque tout (cette tendance, dans le livre, à détruire systématiquement les œuvres !) : rien de cela n’est pleinement crédible, on y respire la thèse avec le trait grossi, le pathos héroïque improbable, les coïncidences pour l’effarement, toute l’ampoule dramatique du siècle hugolien qui a fait de la littérature un recueil exclusif de symboles hérités (legs que dénoncera Sandoz à la fin du roman, mais dont Zola – par désir de respecter encore certains codes entendables d’un vaste public ? – n’arrive pas à s’extraire), bref, l’amas poussif des valeurs ancrées dont même les talents artistes peinent à s’extraire, et qui se succèdent et se transmettent. Particulièrement, il est une tentative avortée, à mon sens : celle d’exprimer comment la femme de l’artiste souffre de cette activité, non parce qu’elle se sent remplacée (l’idée, comme ici, que Christine soit jalouse de la femme du tableau, de la femme peinte et tirée pourtant de son propre modèle, est assez irrationnelle et absurde, pure figure littéraire à mon avis qu’il n’aurait pas fallu convertir en une réalité qui est psychologiquement sans vraisemblance), mais, en vérité, parce qu’elle se trouve négligée et confisquée de sa place normale d’épouse, de ses prérogatives de femme décorative et chérie, occupée et entretenue, et des attentions qu’elle croit mériter en tant qu’objet d’amour au profit d’une affection qui la dépasse et qui empêche son mari d’être attentif et présent au foyer, qui le retient d’être un époux « sérieux » et pourvoyant conventionnellement en ressources solides – cette dernière conception valant beaucoup mieux dans un livre du point de vue de la peinture des mœurs et particulièrement de l’universalité du rôle que l’épouse accorde à son conjoint, et du rejet qu’elle fait en général des passions de celui-ci comme jeux inutiles et puérils d’irresponsable qu’il convient de détourner aux moyens de ruses pathétiques ou cérébrales. Ces objections mises à part, ce roman est probablement l’un des meilleurs de Zola, et il ne peut même en être fort autrement, d’un point de vue strictement logique : c’est que l’auteur sait en première main ce dont il parle, dénonce à propos des pratiques de son temps, relate des faits de son propre milieu, n’a pas tant besoin d’extrapoler des réalités symboliques dont il s’est renseigné tant bien que mal que de laisser éclater sa fougue et son indignation véritables qui font la couleur principale de son œuvre, plutôt qu’un souci de conformité scientifique et sociale dont nul écrivain n’est jamais tout à fait sûr, même avec les enquêtes de terrain les plus poussées. Évidemment, dans cet univers de peinture, le narrateur, quelquefois, pousse avec de nettes surabondances les morceaux-prétextes de bravoure pittoresque, où il convient de faire briller de mille teintes un Paris forcément réaliste-impressionniste. Mais cela m’a amusé aussi, avec un reste de raillerie pas méchante, de déjouer comment l’auteur, à l’occasion, se sert d’un moindre regard pour réaliser un tableau d’une poésie manifestement outrée, mais c’est sans importance, puisque l’effet, malgré les ficelles visibles, est réussi tout de même. Cette quête de la beauté, de l’idéal, du véritable, mêlée alors de toutes les difficultés de la vie sociale et des mondanités pourtant nécessaires qui lui nuisent en favorisant l’apparence et la publicité, constitue à un rare degré d’achèvement la réussite de Zola : on y devine quelque chose du monde à la fois éthéré de la recherche du parfait et extrêmement technique des moyens de cette perfection, tout l’arsenal spirituel et méthodique, en somme, de l’artiste insistant, perpétuellement insatisfait, et hanté par son ambition du meilleur possible, trouvant en Claude Lantier une incarnation excessive qui ne parvient jamais à arrêter le moment d’un achèvement. C’est que l’abandon, en art, doit se lire de deux manières : la fièvre créatrice peut-être, selon le tempérament de l’artiste (personnellement, je ne le ressens jamais), du moins le plaisir de se découvrir des capacités après la création ; et, d’autre part, l’aveu d’un fini, une décision de contentement même relatif, la décision d’une reddition selon un meilleur actuel, en somme un « Voici ce que mes forces, pour l’instant, peuvent faire de mieux : il faut publier même cet imparfait de mon histoire, dont je n’ai nulle raison aujourd’hui d’avoir honte. ». C’est cette dernière acception que Claude n’entend pas, poursuivant de loin en loin la folie d’une absolue perfection, dont la définition intérieure, suivant une vision sans cesse renouvelée du sublime, ne rencontre jamais de réalisation satisfaisante – ce qui fait que l’œuvre alors ne connaît point de limite et représente une frustration chronique, une pathologie, une névrose. Et c’est dans ces extrêmes-là que Zola va chercher ses sujets : voici ce que je déplore ; il avait lui-même qu’il connaissait mieux, et il choisit des monstres.
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  • Pitchval Posté le 20 Juillet 2021
    Je lis un ou deux romans de Zola chaque année. Comme une sorte de retour à ce qui est toujours bon, bien écrit. Comme pour l'éviter dépit et frustration après avoir lu des dizaines de romans moins bien écrits. C'est une de mes valeurs sûres. Et je ne redoute même pas le jour - improbable - où j'aurai tout lu de lui. N'importe, je relirai. Puisque j'aime à replacer chaque personnage dans la saga des Rougon - Macquart, le personnage principal de « L'œuvre » , Claude, est un Lantier. Plus précisément le fils de Gervaise, la blanchisseuse de « L'assommoir ». Il est donc l'un des trois fils qu'elle a eu avec Auguste Lantier. Les autres étant Jacques (« La bête humaine ») et Étienne (« Germinal »), tous demis-frères de « Nanas ». Ayant lu les romans consacrés à sa mère, à ses frères et à sa soeur, il ne me manquait plus que « L'œuvre » pour achever ma connaissances de cette branche des descendants Macquart. C'est loin d'être anecdotique pour moi. Je reconnais à Zola, à travers cette fresque familiale , un travail plus complexe encore que l'écriture d'un simple roman. Ces entremêlements, ces sagas familiales... Je lis un ou deux romans de Zola chaque année. Comme une sorte de retour à ce qui est toujours bon, bien écrit. Comme pour l'éviter dépit et frustration après avoir lu des dizaines de romans moins bien écrits. C'est une de mes valeurs sûres. Et je ne redoute même pas le jour - improbable - où j'aurai tout lu de lui. N'importe, je relirai. Puisque j'aime à replacer chaque personnage dans la saga des Rougon - Macquart, le personnage principal de « L'œuvre » , Claude, est un Lantier. Plus précisément le fils de Gervaise, la blanchisseuse de « L'assommoir ». Il est donc l'un des trois fils qu'elle a eu avec Auguste Lantier. Les autres étant Jacques (« La bête humaine ») et Étienne (« Germinal »), tous demis-frères de « Nanas ». Ayant lu les romans consacrés à sa mère, à ses frères et à sa soeur, il ne me manquait plus que « L'œuvre » pour achever ma connaissances de cette branche des descendants Macquart. C'est loin d'être anecdotique pour moi. Je reconnais à Zola, à travers cette fresque familiale , un travail plus complexe encore que l'écriture d'un simple roman. Ces entremêlements, ces sagas familiales m'impressionnent assez de travail . Il en est d'ailleurs de même pour Balzac et sa comédie humaine, qui est bien plus complexe avec ses, je crois, deux milles personnages, liés entre eux par des liens familiaux, d'amitié, ou encore professionnels (même si l'on admet bien plus d'incohérences à la comédie humaine). Claude est donc peintre. Il vit exclusivement pour son art. Il est artiste au sens noble du terme, c'est à dire exigeant envers lui-même, perfectionniste, ne tolérant aucune faille, aucun défaut à son œuvre. J'aime cette manière de présenter l'artiste, bien plus juste que celles, fausses et fantasmees , qui supposent le génie qui succombe à une inspiration divine et crée sans souffrance, dans un délire créatif. Non, Zola montre la torture, l'épuisement, les nuits sans sommeil, les tourments intérieurs de celui qui sait qu'il n'a pas atteint la perfection, qui n'a pas accouché encore de son génie. Il décrit également l'arrachement horrible causé par la frustration de ne pouvoir peindre un jour où l'inspiration est là. Claude, pourtant, est un artiste incompris. Il est avant-gardiste, et donc rejeté des conservateurs. Il combat pour imposer une nouvelle forme de peinture, mais il ne parvient pas à atteindre le succès. Chaque année, il peint une toile avec l'espoir qu'elle soit exposée au salon, en vain. Ce roman décrit le désespoir, le tourment, la fatigue, l'orgueil mais aussi le jugement sévère sur son propre travail. Et c'est aussi la bêtise, les œillères du publique qui est ainsi décrite. Les articles de journalistes imbéciles et bourgeois qui couvrent l'artiste de boue, sans ne rien y comprendre. Toutefois, quelque chose me surprend et me paraît peu plausible : Claude détruit ses toiles, dès lors qu'il les trouve ratées, mauvaises, incomplètes. Il me semble pourtant que l'artiste qui garderait son travail ancien pourrait le comparer, pour que cette conservation puisse servir à progresser et à mesurer cette progression. Non, Claude ne songe qu'à la toile future, à la suivante. Pour mieux y parvenir, il se débarrasse presque du travail de la toile en cours. Claude est un travailleur acharné mais également un utopiste et un rêveur: sa meilleure toile, il l'a imaginée, mais la voit toujours comme l'hypothétique prochaine, et non celle pour laquelle il travaille durement au présent. Le rêve de la toile parfaite l'obsède d'une façon que chaque idée nouvelle qu'il trouve n'est pas encore assez puissante pour devenir son œuvre majeure. L'art est vu comme un poison empêchant le bonheur, un monstre qui pousse à travailler, à tout négliger au profit de l'œuvre. Ce travail harassant mange l'homme, le ronge, sans jamais ne lui procurer de grandes joies: chaque œuvre terminée est aussitôt jugée sévèrement par son créateur, jamais satisfait de son travail. Le soulagement du travail terminé n'est que temporaire. A peine s'il existe, d'ailleurs. Bientôt viendra l'urgence de créer prochaine œuvre et les doutes et tourments qui vont avec. L'art, le travail artistique volent la vie de l'homme, lui ôtant définitivement toute légèreté, ne lui offrant que des perspectives de tortures et d'éreintements. Ironie du sort, le « plein air » peint par Claude, hué quinze ans plus tôt, est copié - et son tableau est même plagié - et finit par triompher au salon. Je ne sais pas peindre. Et c'est même pire : la peinture ne m'intéresse guère. Seulement, j'imagine, à raison, que cet art majeur se fait de la même manière que la littérature ou la poésie, c'est à dire à force de travail acharné et de douleurs. J'aurais d'ailleurs aimé que pour ce thème, Zola choisisse la littérature. À défaut, il l'évoque tout de même par le biais de Sandoz, l'ami écrivain de Claude. Et c'est Zola lui-même qu'il décrit en ce personnage secondaire. Sandoz, jeune, décrit le projet des Rougon-Maquart. « L'œuvre », c'est aussi une histoire d'amour. Ou comment une femme peut, très momentanément, éloigner l'artiste de son œuvre, lui faire passer l'envie de travailler à son art. Très temporairement cependant. Car c'est surtout, par amour, l'abnégation de toute une vie qui est décrite. Christine va, par exemple, renoncer d'elle-même à sa vie de famille à la campagne pour que l'artiste retrouve Paris. Christine est une femme amoureuse, acceptant et pardonnant tout, négligeant même son enfant au profit de l'homme qu'elle aime. La femme est triste, jalouse de la peinture, malheureuse de se sentir à la deuxième place, toujours derrière l'art. Le chagrin de voir s'éloigner l'homme qu'elle aime la dévore. Christine sent son homme lui échapper à chaque fois qu'il peint. Ces tourments de la femme amoureuse et fascinée me surprennent. Il me semble qu'une femme n'est jamais jalouse d'une œuvre. Christine est jalouse... de sa propre copie représentée sur une toile. Elle est jalouse de son image. Elle sent en la femme peinte la rivale suprême, la maîtresse du mari. D'ailleurs, elle se sent joyeuse lorsque Claude « tue » l'autre femme en crevant sa toile du poing. Et cette jalousie me paraît peu plausible. D'ailleurs, comble du paradoxe : lorsque Christine est tout à fait trompée par Claude, elle fait preuve d'une plus grand indulgence, une autre femme étant moins considérée comme un danger que son œuvre. Étrangeté qui selon moi est assez approximative en matière de psychologie féminine. Ce n'est pas cela qui tourmente une femme d'artiste, mais le temps que l'homme passe occupé à autre chose qu'à elle ou à son foyer. C'est que l'art l'éloigne de la normalité de mari. Claude est un mari égoïste, qui a parfois des brusqueries involontaires envers sa femme. L'artiste ne voit plus ni femme ni enfant lorsqu'il est en création. Les choses du ménage, comme le manque d'argent, lui sont étrangères et restent très éloignées de lui. Christine doit assurer le quotidien, gérer les choses pratiques comme si elle vivait avec un enfant. Claude épouse Christine par une sorte de pitié. Comme pour se faire pardonner de n'être pas un mari normal, de ne pas considérer sa femme comme sa priorité . Il l'épouse ainsi presque sans le vouloir. Comme une bonté pour lui faire oublier sa peine de femme négligée. Et quand elle lui sert de modèle, elle est jalouse encore: lui ne voit plus que le modèle et la peinture en elle, et non plus la femme. Christine, ainsi, se torture toujours d'amour. L'artiste ne semble même plus désirer de femme. Sa puissance, sa virilité ne s'expriment que dans la création. Et là encore, cela laisserait supposer que l'homme qui crée n'a plus de sexualité, plus de désirs physiques, le tout étant comme remplacé par la puissance créatrice. Mais c'est nier l'homme à mon avis. À la fin, Christine croit gagner la partie, en lui faisant promettre de ne plus jamais peindre et de ne l'aimer qu'elle. Effort vain, égoïste et puéril. Je me suis intéressée également à l'enfant, négligé par son père artiste, et par une mère trop amoureuse pour être aimante. L'enfant est de trop au milieu de l'atelier, comme un intrus et une charge. Si déjà une femme est négligée par l'homme qui n'est passionné que de son art, un enfant est tout à fait un poids inutile. D'ailleurs, l'enfant, tout à fait livré à lui-même, méprisé, oublié, s'élevant seul, évolue mal. Il est presque haïs par sa mère, ayant gâté son corps de jeune modèle. Entre le père qui ne vit que pour son art, et la mère qui ne vit que pour l'artiste, l'enfant n'est rien. Dans sa douzième année, il en tombe malade et en meurt. Et, le comble est que la seule œuvre que Claude réussit à faire entrer au salon est « L'enfant mort ». Et ce n'est qu'en regardant son tableau, au salon, que l'artiste éprouve quelque tristesse de la mort de son enfant. Ou plutôt, il souffre de l'indifférence de la foule pour le tableau présentant son enfant mort. Il ne ressent que par rapport à ses œuvres : sa femme, son fils, il n'a de sentiments pour eux qu'à les voir peints par lui. Le commerce de l'art, les spéculations, l'œuvre d'art comme placement financier sont également dénoncés . La valeur pécuniaire, le cours de l'art comme outrage à l'art lui-même, qui corrompt l'artiste et le travail. L'argent d'ailleurs est très présent dans ce roman. Entre les artistes miséreux, ceux qui épousent une fille riche et ceux qui renient l'art au profit du facile et du vendable pour en gagner. D'ailleurs, Claude, tombé dans une grande misère, doit se résoudre un temps lui aussi à produire une peinture alimentaire, ce qui lui fait l'effet de devoir se travestir et le dégoûte. Il se sent déchoir à peindre pour vendre. Évidemment, c'est très bien écrit. Zola est fort en , et c'est toujours très propre et fluide. Admirable d'écriture. Les tortures de la création sont bien décrites : Zola sait de quoi il parle. Dommage encore qu'il n'aie pas choisi l'écriture pour traiter du sujet. Pour autant, ce roman de Zola, bien que très bon, ne diffère guère des autres, le sujet mis à part. Comme dans chacun de ses romans, les caractéristiques des personnages sont exacerbés. Ainsi, le génie incompris flirte avec la folie. De même, la fin est tragique. Le misérabilisme n'est pas loin, c'est bien du Zola. Et ça me fait l'effet d'une répétition. Dans le dernier Zola que j'ai lu , « Une page d'amour », déjà se trouvaient le corbillard et le cimetière, tout comme dans « La faute de L'abbé Mouret », qui finit par la mort tragique et inéluctable d'une jeune fille. Par ailleurs - et c'est un défaut lorsque ça n'a d'utilité que d'asseoir sa théorie du détraquement héréditaire - Zola, par son fatalisme, empêche l'artiste de devenir un grand homme, pour la raison qu'il est un Lantier. N'importe, Zola est un artiste. Il ne déçoit pas d'écriture. Dans le , la précision, le mot juste, il fait preuve d'une redoutable perfection d'écriture. Zola excelle à ce niveau, c'est certain.
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  • Biblioroz Posté le 16 Juillet 2021
    Première scène d'orage, entre pluie diluvienne, noirceur de la nuit qui enténèbre la Seine et fulgurance lumineuse des éclairs qui laissent, par intermittence, voir les façades qui se dressent des deux côtés du fleuve. Claude Lantier, après avoir flâné dans les Halles, rentre chez lui et trouve devant sa porte une jeune fille trempée et terrorisée par la trouée noire que forme la Seine en cette nuit de juillet où le ciel déverse son mécontentement de ce jour lourd de chaleur estivale. Arrivée de Clermont, Christine devait rejoindre Passy où elle doit s'occuper d'une vieille dame mais un retard de train l'a perdue dans cette nuit parisienne. Claude, pourtant bien méfiant envers les femmes, lui offre tout de même le gîte dans son atelier tout en désordre, encombré d'objets de peintre et dont les esquisses plutôt effrayantes pour la jeune provinciale dégringolent des murs. Le lendemain, derrière le paravent, la jeune fille endormie éblouit le coup d'oeil volé par le peintre ; tout à fait la figure cherchée pour son grand tableau en cours. L'artiste s'empare prestement de sa boîte de pastel mais l'éveil et la pruderie de Christine ont bien failli laisser l'ébauche inachevée. Et Zola, par cette puissante scène de rencontre... Première scène d'orage, entre pluie diluvienne, noirceur de la nuit qui enténèbre la Seine et fulgurance lumineuse des éclairs qui laissent, par intermittence, voir les façades qui se dressent des deux côtés du fleuve. Claude Lantier, après avoir flâné dans les Halles, rentre chez lui et trouve devant sa porte une jeune fille trempée et terrorisée par la trouée noire que forme la Seine en cette nuit de juillet où le ciel déverse son mécontentement de ce jour lourd de chaleur estivale. Arrivée de Clermont, Christine devait rejoindre Passy où elle doit s'occuper d'une vieille dame mais un retard de train l'a perdue dans cette nuit parisienne. Claude, pourtant bien méfiant envers les femmes, lui offre tout de même le gîte dans son atelier tout en désordre, encombré d'objets de peintre et dont les esquisses plutôt effrayantes pour la jeune provinciale dégringolent des murs. Le lendemain, derrière le paravent, la jeune fille endormie éblouit le coup d'oeil volé par le peintre ; tout à fait la figure cherchée pour son grand tableau en cours. L'artiste s'empare prestement de sa boîte de pastel mais l'éveil et la pruderie de Christine ont bien failli laisser l'ébauche inachevée. Et Zola, par cette puissante scène de rencontre de deux êtres pleins de jeunesse, pose les premières pierres d'un amour qui émergera doucement, s'installera paisiblement puis chutera tragiquement, victime de la création artistique. Claude et ses amis s'exaltent chacun dans leur domaine, font exploser leur orgueil et se voient créer des oeuvres grandioses, au-dessus des autres. le jeune peintre se penche sur son grand tableau, un chef d’œuvre en puissance, mais souvent un élan de rage vient assombrir sa fringale créatrice, lorsque le pinceau est impuissant à peindre l'éclat ou le vivant qu'il veut donner à l’œuvre. C'est une fureur de créer, une bataille engagée avec la toile. Les heures épuisantes à travailler alimentent les rêves de gloire. Quand l'insatisfaction, le doute, la rage, la torture face à la toile sont trop intenses, il promène son désarroi dans les rues de Paris. Zola nous fait arpenter alors les différents quartiers dans lesquels chaque artiste passionné s'escrime à son art : sculpture, littérature, architecture, peinture. La bande bat le pavé parisien, à la conquête de la ville qui s'offre à eux pour satisfaire leur ivresse de réussite. Aux côtés de Christine, rive droite, rive gauche, suivant les courbes de la Seine, les ponts se succèdent dans le crépuscule. L'auteur, maître de la description, assombrit ou fait resplendir l'enchevêtrement des boutiques, habitations et monuments rencontrés en chemin. Il nous abreuve de perspectives parisiennes. Sur la toile, impressionnisme et naturalisme se bataillent pour mettre de côté le romantisme. le grand tableau de Claude, aux couleurs ardentes, a l'audace de montrer une femme nue en plein air et sera la risée du Salon des Refusés. Des rires reçus comme une gifle. le public n'est pas prêt à cette nouvelle forme d'art. Alors les amoureux rechercheront la solitude, loin de l'effervescence parisienne. Les joies de la campagne n'auront qu'un temps et les humeurs de Claude reprendront le dessus. Il voit et désire encore le Paris où il triomphera dans ses hallucinations de gloire artistique, lui, le peintre qui osera le renouveau de cet art. Dans ce volume, Zola parfait les exaltations de la création, à l'image de celles qui le dévore lorsqu'il écrit et celles qui habitent aussi ses propres amis peintres. Ici, l'ambition dévorante est sans limite car même si un chef d'oeuvre est accompli, la peur de déchoir succède à celle de ne jamais atteindre la gloire. C'est une course sans fin, ardente et dévastatrice. Comme souvent, l'auteur déroule son scénario en faisant progresser ce monstre affamé, jamais rassasié, représentant la soif ambitieuse de l'homme. La torture qui ronge Claude, qui se répercute sur son fils et sa femme, accélère sensiblement la seconde moitié de ce roman aux accents sombres, accablants. Les amitiés, les amours, sauront-ils résister à l'avalanche déclenchée par la folie de cette course au chef d'oeuvre ? Christine, dont l'adoration pour son artiste est poignante, sera-t-elle de taille à lutter contre une femme, une voleuse faite de toile et de couleurs ? Ce quatorzième volume des Rougon-Macquart, tout en traitant de peintures, projette en parallèle de saisissants tableaux du milieu artistique de l'époque, de ses hypocrisies, de ses injustices, de ses espoirs déçus ou distribués sans vraiment juger le talent.
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