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Par Tana, publié le 28/05/2020

Comment réussir son potager : comprendre les climats

En France, nous avons des données météorologiques suivies et normées depuis 90 ans, ce qui nous permet, au sein du bloc "climat tempéré", de caractériser plus finement différents climats, et d’en dresser des cartes. On distingue habituellement cinq grandes zones climatiques en France, zones dans lesquelles il convient d’adapter notre façon de jardiner.

Regardons ça d’un peu plus près, pour ne pas commencer en ne faisant que des bêtises.

Jardiner en climat continental

A l’exception des zones de montage, il recouvre notamment le centre est, l’est et nord-est du pays, de la région lyonnaise aux Ardennes en passant par l’Alsace et par la Lorraine, sans zapper la Haute-Marne, la Haute-Saône et l’est de la Bourgogne. Il se caractérise par des hivers pouvant être très froids et des étés très chauds.

Des gelées tardives au printemps, ou précoces à l’automne, peuvent être très contrariantes pour les légumes frileux. Pour un grand nombre d’exotiques (dont le haricot vert, la courgette, le melon, le basilic, le poivron…), la fenêtre de tir permettant de les cultiver est étroite. Ces exotiques ne sont tout simplement pas des plantes typiques de ces terroirs ! Qui a jamais vu une choucroute de courgettes ? La préparation des plants peut elle aussi être difficile au printemps. Elle nécessite des abris (serres, châssis, couches chaudes…). Pour les cultures maraîchères mises en place tôt dans la saison (ou tardivement), l’usage de voiles de forçage ou de tunnels s’impose à qui veut étendre sa consommation de légumes au-delà de l’étroite fenêtre estivale.

Des contrastes thermiques très élevés entre le jour et la nuit peuvent vite conduire à des condensations si le ciel est clair et qu’on est sous influence océanique et dans une zone pouvant accumuler l’humidité. Cela va, par exemple, favoriser certaines maladies très tôt en automne, voire dès la mi-août, en particulier si on est sur le mauvais versant. Comme en zone de montagne, la conservation des légumes a son importance. Elle permet d’en consommer en hiver sans en produire : lactofermentation, cave, silo enterré… Ce n’est pas par pur hasard que la choucroute et les navets salés sont si populaires en Alsace !

Jardiner en climat océanique

Ce sont les régions bordant la Manche et l’océan Atlantique. Elles bénéficient de deux avantages. Tout d’abord, l’effet favorable du Gulf Stream, courant marin qui adoucit considérablement la façade ouest de la France. D’autre part, la proximité de l’océan joue le rôle de tampon thermique : les variations de température sont freinées, ou lissées. Réchauffer ou refroidir un océan n’est pas chose aisée. À proximité de la mer, les hivers restent doux et les étés, relativement frais. Cet effet tampon reste sensible à plusieurs dizaines, voire à une centaine, de kilomètres. La Bretagne est concernée dans son ensemble, d’où son rôle dans la production de cultures maraîchères de plein champ. Sous l’effet combiné de ces deux phénomènes, on peut acclimater de nombreuses espèces exotiques dans certains jardins botaniques bretons situés sur le littoral ou sur certaines îles, sans serre, sans mesures artificielles excessives.

Ces régions sont aussi relativement humides, sous l’influence des dépressions venues de l’Atlantique. Les touristes attentifs au risque de cancer de la peau savent que les indices UV sont plus bas qu’en climat méditerranéen ou qu’en montagne. Cette intensité de rayonnement plus faible est aussi favorable aux plantes. C’est en lien avec une hygrométrie de l’air plus élevée et une abondance de vents plus humides que les dépressions rabattent depuis l’Atlantique.

Il y a moins de risques de gelées au printemps et moins de végétaux brûlés en plein été. Cette hygrométrie et l’abondance des pluies ne sont pas que bénéfiques — rien n’est jamais parfait en ce bas monde ! —, car elles favorisent le développement des maladies dues à des champignons. Sans abri et sans fongicides, par exemple, les tomates trinquent souvent ! Bref, ce sont des régions maraîchères importantes, où il est possible de produire sur une grande partie de l’année, en particulier des primeurs. Citons la pomme de terre de Noirmoutier ou la carotte des sables, cultivée dans le Cotentin et qui est conservée en pleine terre jusqu’en novembre ou décembre.

Jardiner en climat semi-océanique

C’est la zone la plus étendue en France. C’est un climat hybride, en quelque sorte. Il est moins rude que le climat continental et moins doux que le climat océanique, avec une tendance à s’apparenter plutôt au climat océanique en été, lorsque les dépressions atlantiques s’enfoncent sans obstacle notable jusqu’aux reliefs de l’est, tout en pouvant prendre des tournures de climat continental en hiver, lorsque l’océan est trop loin pour tamponner quoi que ce soit !

Cette zone, c’est le grenier à blé de la France, mais aussi la région où croît traditionnellement l’essentiel des cultures, parmi lesquels beaucoup de légumes de plein champ (pomme de terre, haricot, petit pois, carotte, chicorée…) destinés notamment aux industries agroalimentaires. Ces cultures, qui se font avec une forte mécanisation, sur de grandes surfaces, sont bien calées, en fonction de fiches techniques, sur la période estivale. Elles s’apparentent alors aux grandes cultures (céréales, oléagineux), et se situent sur la seule fenêtre favorable… sauf quand frappe la sécheresse. D’autres cultures en revanche, parfois en pleine croissance, voire à un stade critique de leur développement où elles ont besoin de beaucoup d’eau, peuvent alors souffrir. C’est le cas pour la pomme de terre, le haricot vert, la carotte…

Jardiner en climat méditerranéen

Il s’étend sur le pourtour méditerranéen et se caractérise par des hivers doux et des étés très ensoleillés, avec des périodes de sécheresse. Des vents desséchants (mistral, tramontane) peuvent accentuer ce caractère. Les précipitations subissent d’énormes variations d’une année sur l’autre.

Une partie des précipitations n’est pas utile, elle est même plutôt destructrice ! L’excès d’ensoleillement peut rendre plus pertinentes qu’ailleurs les techniques visant à abriter ou à ombrager les cultures durant la période la plus critique. Les températures sont là aussi tamponnées par la mer, ce qui permet d’avoir des périodes hivernales sans excès de froid. C’est le domaine de l’olivier —bien que cet arbre soit devenu tendance un peu partout en France et qu’on le trouve bien souvent là où il n’a rien à faire —, des agrumes et, plus largement, des fruitiers. Ces arbres ont besoin d’une période froide pour fleurir et fructifier, ce qui explique pourquoi ils ne s’implantent pas dans les climats plus tropicaux. Le climat méditerranéen est doux, mais pas tropical. Grâce à l’irrigation, c’est une région de production de nombreuses cultures maraîchères, à large échelle : asperge, melon, tomate, courgette… À condition d’avoir un accès à l’eau, c’est une zone assez bénie question maraîchage. Mais là aussi, attention : la façon de travailler n’est pas reproductible à l’identique ailleurs !

Jardiner en climat de montagne

Le climat de montagne concerne les zones d’altitude, dans nos principaux massifs : Alpes, Massif central, Pyrénées, Jura, Vosges, centre de la Corse. Les hivers sont rudes, et l’altitude joue directement sur les températures. La fenêtre de tir pour cultiver se réduit au fur et à mesure qu’on monte. La valorisation de ces zones difficiles passait par l’élevage, les animaux pouvant produire une biomasse nutritive (viande, lait, fromages) à partir d’une biomasse non valorisable par l’homme (l’herbe et le foin, un fourrage à base d’herbes séchées).

En zone de montagne, comme d’ailleurs en climat continental, la conservation des produits du potager joue un plus grand rôle. Comme on ne peut pas produire tout le temps, il faut stocker ! Silos enterrés, lactofermentations et caves permettent de consommer certains légumes en plein hiver… Des variétés dites "de conservation" sont alors essentielles, telles ces poires dures comme des cailloux quand on les récolte et qui deviennent fondantes à partir de Noël, à l’issue d’un long processus de maturation sur clayettes en cave !

Retrouvez tous les conseils et explications de Didier Helmstetter dans le guide Réussir son potager du paresseux.

Réussir son Potager du Paresseux - un anti-guide pour jardiniers libres
Produire des légumes en abondance tout en protégeant la biodiversité et l’environnement ; réussir son potager sans aucun travail du sol, sans buttes et sans grelinette ; s’adapter au changement climatique ; se mettre à la phénoculture… Didier Helmstetter, jardinier paresseux et agronome ayant œuvré pendant une douzaine d’années en Afrique, propose de penser le potager comme un système vivant complexe. Une invitation à observer, à comprendre et à respecter la vocation naturelle d’un terroir, le vôtre, avec son climat, sa situation géographique, son exposition, son sol… Cet ouvrage donne des lignes conductrices, grâce auxquelles vous trouverez vos propres solutions, adaptées à vos envies et à vos contraintes, autant d’éléments qui feront de vous un jardinier libéré du XXIe siècle, engagé dans la défense des mécanismes naturels du vivant. Qui a dit qu’il fallait jardiner de la même façon de Bonifacio à Terre-Neuve ? Quand le climat, ou la roche-mère, ou le relief ou encore l’exposition au soleil change, la nature réagit. Elle est sensible, elle s’adapte ! Au Potager du Paresseux, on ne perturbe pas, on ne détruit pas, on protège, on accompagne et on nourrit, délicatement. En somme, vous tenez dans les mains un anti-guide pour réussir votre potager en vous libérant des idées reçues, et vivre en harmonie avec le vivant.

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