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Par Cherche midi, publié le 30/03/2020

Étienne de Balasy : « Pour réussir dans l'humour, il faut cultiver sa différence »

Professionnel de l’humour ayant endossé un nombre impressionnant de casquettes au fil des années, Étienne de Balasy offre aux humoristes en devenir et à tous les curieux un livre aux mille ressources. Le Guide (presque) complet du (presque) parfait stand-up nous ouvre, avec beaucoup de générosité, les portes d’un univers finalement méconnu. Rencontre.

Quelle est la genèse de ce guide ?

De par mes occupations, je suis au contact de personnes qui souhaitent se lancer dans le stand-up et se posent donc une foule de questions. J’ai un peu l’impression d’être un vieux Yoda pour ces jeunes qui m’interrogent sur le métier et veulent se perfectionner en trouvant des stages, des écoles… Alors je me suis mis dans la peau de quelqu’un qui débutait, ne venait pas forcément de Paris mais rêvait de faire ce métier. J’ai commencé à mettre sur papier tout ce que j’avais en tête pour permettre aux personnes intéressées de démarrer plus vite, avec les informations à portée de main.


Quelles difficultés les jeunes humoristes rencontrent-ils aujourd’hui ?

Beaucoup de jeunes qui se lancent n’ont, par exemple, pas de notions quant aux contrats ou ignorent comment déposer leur œuvre. En revanche, ils savent mieux gérer leur compte Instagram que les producteurs de spectacle. Une nouvelle dynamique est donc en train de se mettre en place avec un vrai retour au conseil artistique de la part des producteurs. J’ai profité des nombreux témoignages de personnes qui étaient passées par ces étapes et j’ai moi-même beaucoup appris, même s’il est évidemment impossible de balayer tous les sujets dans le guide.


Le comédien de stand-up est donc un artiste comme les autres ?

Oui ! Le stand-up est un art absolu. Écrire un one man show, c’est comme faire un film ou une pièce de théâtre, ça requiert la même énergie, la même passion… Je me suis rendu compte que les jeunes humoristes étaient très seuls et, en échangeant avec différents artistes, j’ai remarqué que les questions qu’on me posait s’appliquaient également aux acteurs et musiciens. Tous veulent créer mais se sentent parfois perdus dans la jungle ; ils partagent des doutes, angoisses et aspirations similaires…


Que diriez-vous du rapport de l’humoriste à l’écriture ?

Un humoriste est avant tout un auteur, et plus précisément un auteur qui interprète ses textes. On oublie d’ailleurs souvent que Desproges n’a commencé à monter sur scène que 8 ans avant sa mort. Alphonse Allais et Charles Dickens, eux aussi, publiaient des textes drôles sans se produire. Les co-auteurs sont également très importants dans ce métier ; Alex Vizorek travaille par exemple avec toute une équipe de co-auteurs très talentueux qui lui écrivent ses chroniques.


Comment avez-vous approché l’écriture de ce guide, forcément un peu solitaire ?

Ça a été un exercice d’humilité. Je n’ai pas la prétention d’être un auteur, j’ai écrit avec simplicité mais de façon claire, je l’espère. Je n’avais pas envie de rationnaliser mon discours, ce guide ne s’y prêtait pas, mais je voulais qu’il soit tout de même captivant à parcourir, alors j’ai retranscrit ce que je ressentais. Et puis, comme le disait Christian Millau, que j’ai eu la chance de rencontrer, « Quand c’est bien écrit, c’est quand même mieux ».


Quels sont les conseils qui vous paraissent les plus indispensables lorsqu’on souhaite se lancer dans cette carrière ?

Cultiver sa différence, avant tout ! Je suis très frappé par l’uniformisation de l’humour aujourd’hui, je regrette que certains artistes s’imitent les uns les autres et parlent des mêmes choses. Quand Coluche a débarqué dans ce milieu, le public n’avait jamais vu un type qui évoquait les pauvres de la banlieue, habillé comme il l’était. C’est la même chose pour Jamel ou Blanche Gardin ; personne n’a leur façon d’écrire, de jouer et de parler. Nous sommes à une époque où il fait bon être transparent alors je pense qu’il faut être cohérent, d’autant plus quand on prend parti sur certains sujets. La sincérité est primordiale.


Le métier vous semble-t-il plus difficile aujourd’hui qu’à vos débuts ?

J’ai le sentiment qu’il faut désormais une patience d’ange pour y arriver car la profession requiert un travail colossal au quotidien. Il faut préparer et jouer son spectacle, nourrir son compte Instagram, faire de la promotion, participer à des festivals, être invité à la télé... Quand j’ai commencé, on pouvait vivre sur un spectacle, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Cela dit, je pense vraiment que si on se démène pour y arriver, ça finit par payer. Le plus difficile dans la vie, c’est de savoir ce que l’on veut faire.


Que diriez-vous à quelqu’un qui a peur de ne pas faire rire et, a fortiori, ne pas arriver à surmonter cet échec ?

Déjà, on ne peut pas monter sur scène si on n’est pas persuadé d’être drôle. Ensuite, faire un bide, c’est certes très dur mais ça s’analyse, il y a toujours quelque chose à apprendre. Parfois, on y croit vraiment et ça ne prend pas ; c’est la vie. Je crois que les gens qui montent sur scène sont ceux pour qui il est impossible de faire autrement. Les humoristes et les acteurs ont cette envie irrépressible, quasi-surréaliste, de dire quelque chose sur scène...


Quelles sont vos propres peurs ?

Je suis un véritable diesel. D’abord comédien, je suis ensuite devenu producteur. J’ai toujours été obsédé par l’idée d’avancer. À chaque fois que je me lance sur un nouveau spectacle, je suis parcouru de grands questionnements. Et puis les répétitions arrivent, le travail se met en place, et on se rend compte que tout était en nous, qu’il fallait juste que ça naisse.


Avec ce guide, il est impossible d’être exhaustif, peut-on donc espérer des mises à jour ?

Oui, bien sûr ! L’univers de l’humour bouge énormément et il se passe actuellement des choses très intéressantes. On le voit, il y a quelques années encore, Bruxelles ne possédait qu’un petit comedy club ; aujourd’hui les Belges cartonnent avec toute une nouvelle génération d’auteurs. À Berlin, en Suède et aux États-Unis, les comedy clubs pullulent… En Afrique aussi, l’humour se développe avec une incroyable liberté de parole et des artistes qui évoquent les sujets politiques et les inégalités de façon frontale.


Enfin, auriez-vous quelques recommandations de salles à fréquenter pour se frotter à la jeune garde de l’humour ?

Il existe une telle offre aujourd’hui ! Pour découvrir de jeunes talents, je conseillerais de fréquenter les plateaux d’humour tels que Le Bordel Club, le Paname Comedy Club… Pour des spectacles déjà professionnels et rodés, rendez-vous au Point Virgule, où la directrice artistique Antoinette Colin fait un excellent travail. Ces artistes sont souvent des découvertes pour le public alors que cela fait des années qu’ils sont dans le circuit. Je recommande également le Barbès Comedy Club, Madame Sarfati… Enfin, parmi les théâtres privés, il faut aller voir Tanguy Pastureau au Théâtre de la Renaissance, et surveiller la programmation de L’Européen, un lieu désormais relativement spécialisé qui a accueilli de grands noms tels que Monsieur Fraize et Kyan Khojandi.

 

Le guide (presque) complet du (presque) parfait stand-up et one man show !!!
Comment concevoir un sketch ? Comment construire son personnage, gérer ses réseaux sociaux, protéger ses oeuvres ? Où rencontrer un producteur, un attaché de presse, un manager ? Où se trouve le comedy club le plus proche de chez vous ?
 
Fruit de la collaboration de l’auteur avec des artistes tels que Patrick Timsit, Jean-Luc Lemoine, Éric Antoine ou Charlotte Gabris, et avec les témoignages de Guillermo Guiz, Jérémy Ferrari et Roman Frayssinet, ce guide est là pour répondre à toutes les questions que se pose l’humoriste en herbe que vous êtes.
 
« Pas d’inquiétude, le plus dur, dans ce métier, ce sont les trente premières années ! » David Niven n’avait peut-être pas tort, mais aujourd’hui, vous avez un coup d’avance avec cet ouvrage miracle.

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  • Focus
    Cherche midi

    La bible de tout amateur de stand-up débarque en librairie

    S’il n’existait pas encore d’ouvrage de ce genre ni de ce calibre, il est certain qu’Étienne de Balasy, grand nom des métiers du spectacle, comble ce vide avec la sortie de son irrésistible guide consacré au stand-up et au one-man/woman show. Ce sont ainsi 231 pages jalonnées de conseils pratiques, témoignages, secrets de fabrication, adresses et outils d'écriture qui font du Guide (presque) complet du (presque) parfait stand-up une véritable bible du métier.

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