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Par Slalom, publié le 03/03/2021

Florence Medina : "Je crois que je n'ai pas été immunisée par mon adolescence"

Dans Passionnément, à la folie, à la folie, Florence Medina vous propose de vivre une histoire d'amour… destructrice. Le premier coup de cœur, la première fois… et surtout : le premier chagrin d'amour ! Avec ce roman, l'autrice dépeint avec beaucoup de justesse la période de l'adolescence, où les émotions sont à fleur de peau, en ébullition, prêtes à exploser et allant parfois jusqu'à provoquer des conséquences pour le moins désastreuses. Afin d’en savoir plus sur la genèse de ce roman, Florence Medina répond à nos questions.

Ni enfant, ni jeune adulte, l'adolescence est un entre-deux où il est compliqué de trouver sa place. Passer le baccalauréat, découvrir les soirées entre amis, vivre ses premières histoires d’amour… C’est une période émotionnellement chargée où on se retrouve chamboulé par ce nouveau quotidien. Dans le roman de Florence Medina, Mara fait face à son premier chagrin d’amour : une relation passionnelle qui se révèle destructrice.

Nouvelle autrice aux éditions Slalom, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ?

C’était il y a un peu plus de trente ans, mais je me souviens de cet après-midi comme si c’était hier : ma meilleure amie, en dédicace de ce roman, et moi attendions le bus numéro 11 sur les boulevards à Bordeaux. A un moment, j’ai dit : « Moi, plus tard, je ne veux pas travailler, je ne veux pas aller au bureau le matin, je veux écrire et rien d’autre. ». La vie est passée par là, mais globalement, j’ai réussi à ne presque pas travailler « au bureau » ou finalement pour des choses assez rigolotes et des périodes courtes. J’ai été plus ou moins comédienne, j’ai fait un certain nombre de jobs alimentaires, j’ai enfin appris la langue des signes et je suis devenue interprète en 2008. Toujours pas de bureau, donc, c’est génial. Quant à l’écriture, je la pratique de préférence à ma table de cuisine, face à la fenêtre, voire dans mon lit ou dans le métro...

Quel a été le point de départ pour Passionnément, à la folie, à la folie ?

Une envie de parler d’amour plus que de raconter une histoire d’amour.

Mara est une jeune adolescente de 17 ans qui vit une passion destructrice, une rupture amoureuse très difficile. Comment avez-vous construit ce personnage ?

Comme un patchwork ou un puzzle, avec des choses qui m’appartiennent et d’autres empruntées. Le noyau central c’est la crise, le ravage dans la chambre de Jeremy, le point de non-retour. Ce qui précède (la disette amoureuse, la rencontre, l’éblouissement) et ce qui suit (le naufrage, l’errance, la quête, la renaissance) s’est agrégé par la suite, petit à petit.

Vous utilisez un langage et des actions très réalistes. Quel est votre secret pour dépeindre aussi bien les adolescent.e.s d’aujourd’hui ?

Je crois que Mara, comme d’autres de mes personnages, existe chez moi en germe. C’est quelqu’un que j’aurais pu être. Tout à coup, cet autre en mieux ou en pire se manifeste et je le laisse prospérer. Et puis, mon adolescence à moi a été relativement étouffée, elle s’est manifestée à très bas bruit. Tim dans [Direct du cœur] et Mara dans Passionnément, à la folie, à la folie, sont peut-être comme des « rechutes », vous savez, comme quand on a une varicelle pas très forte et qu’on peut la ravoir plus tard parce qu’on n’est pas immunisé. Voilà, je crois que je n’ai pas été immunisée par mon adolescence, alors j’en reprends une dose grâce à mes personnages.

Si la première partie du roman se concentre sur l’aspect destructeur de la passion de Mara, la seconde partie est beaucoup plus lumineuse. À travers ce roman, souhaitiez-vous faire passer un message aux jeunes adultes ?

On sait aujourd’hui la force de l’injonction au bonheur, à l’accomplissement, à une vie sexuelle épanouie, voire débordante. Quand on est seul, quand on s’est fait larguer, quand on n’est pas désiré, on se sent nul, minable, misérable. Ça peut être une plaie pour un jeune ou un moins jeune de voir les autres se pavaner sur internet, revendiquer une super vie de couple alors qu’on se sent seul comme un rat le samedi soir avec ses chips au vinaigre (oui, j’y tiens) et son Netflix. Être malheureux est une tare. Si on pouvait ne pas s’en rajouter une couche en ayant honte de se sentir déclassé...
Et puis, j’adore cette sentence des groupes en 12 étapes : « C’est juste pour aujourd’hui ». Ça m’aide vraiment, moi, de me dire que les mauvaises passes ont une fin, sont contenues dans le temps, qu’à ce niveau, l’infini n’existe pas.

C’est un roman qui aborde les dangers des relations amoureuses. Pensez-vous qu’on peut tout pardonner ?

Alors, si c’était un devoir de philo, je crois que je commencerais par essayer de définir « on », puis « tout », puis « pardonner ». Non, ce n’est pas juste pour faire ma maligne que je fais cette réponse à l’emporte-pièce, c’est que vraiment, je ne sais pas. Je ne sais pas moi-même aujourd’hui ce que je serais capable de pardonner ou pas. Je ne sais pas dans mon histoire passée si, parfois, j’ai vraiment pardonné ou si j’ai juste mis mon mouchoir sur certains événements, certaines blessures, par peur de perdre l’autre, d’être seule, si c’était du pardon ou un petit arrangement avec mon sentiment d’insécurité… Oui, je sais, c’est moche.

Vous proposez un roman avec différentes générations de femmes qui s’entraident. Y a-t-il des femmes qui vous ont aidée à devenir celle que vous êtes aujourd’hui ?

Alors, les femmes qui m’ont aidée ne sont pas toutes des piliers dans ma vie. Il y a eu des personnes qui n’ont fait que passer, mais au bon moment, avec la parole juste, celle qui fait qu’il y a un avant et un après dans la façon de se regarder soi-même et de considérer sa vie. Mais dans ces femmes, pour tout dire, il y a aussi eu des hommes.
Je ne suis pas sûre d’avoir le sentiment qu’on m’a « aidée » à être aujourd’hui celle que je suis, mais plutôt que tout ce qui a précédé y a concouru, les bonnes choses comme les mauvaises.

Passionnément, à la folie, à la folie - Lecture roman ado réaliste amour - Dès 14 ans
Mara, 17 ans, est un vrai cœur d’artichaut et fatigue sa meilleure amie avec ses coups de foudre incessants. Mais Jeremy, c’est LE bon, elle le sait, elle en a des papillons dans le ventre. Alors quand elle découvre que Jeremy lui ment depuis le début, quelque chose en elle s’embrase. Son amour la dévore et devient obsession jusqu’à lui faire perdre pied. Et si elle était « comme sa mère », qui vit sous médicaments, recluse chez ses parents ? Mara devra trouver son propre chemin pour se libérer et guérir, aux côtés d’alliées plutôt inattendues !

Slalom