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            Par Les livres du dragon d'or, publié le 08/02/2019
            "Aïlo : une Odyssée en Laponie", interview du réalisateur Guillaume Maidatchevsky

            À l'occasion de la sortie le 13 mars 2019 de son nouveau film, Aïlo : Une Odyssée en Laponie et de ses adaptations en livres publiés chez les Livres du Dragon d'Or,  Guillaume Maidatchevsky a répondu à quelques questions.

             

            AÏLO : une odyssée en Laponie est un film racontant le combat pour la survie d’un petit renne sauvage, frêle et vulnérable face aux épreuves qui jalonnent sa première année.

              

            Comment est née l’idée d’AÏLO : UNE ODYSSÉE EN LAPONIE ?

            J’ai réalisé de nombreux documentaires animaliers. Mais un jour, mes enfants m’ont dit : “Tu n’as jamais fait de film sur les rennes du Père Noël !” Et effectivement, j’ai réalisé que les enfants, mes enfants, connaissent mieux à travers les films, les animaux de la savane ou de la jungle que ceux du territoire européen. Alors que ceux-ci se trouvent logiquement plus près de chez eux. Or c’est important de connaître la faune dont on est proche. Ce film, c’est un peu comme une commande de mes enfants !

             

            Vous venez de dire que vous réalisiez des documentaires. Alors pourquoi avoir choisi la forme du conte pour l’histoire d’AÏLO ?

            Parce que je voulais toucher d’autres publics. Avec le documentaire, on a déjà une audience “captive”, acquise à la cause animale, à la préservation de la nature. La forme du conte, via la mise en scène et la dramaturgie, rend possible la sensibilisation d’autres personnes, moins familières du genre documentaire. J’aime raconter des histoires qui provoquent de l’émotion. Le conte me permet de mettre la nature en scène. Mais de le faire sans mentir. Mon premier métier est biologiste. Du coup, je connais bien la nature et je sais qu’en la faisant mentir, mon message perdrait forcément de sa force. Je dirais donc qu’AÏLO est une fiction documentée sur la réalité de la nature !

            Si j’ai choisi cette forme narrative, c’est aussi parce qu’elle m’offrait une plus grande liberté. Je me sentais un peu contraint dans le documentaire où on filme ce qui arrive. J’avais envie d’avoir la maîtrise des choses mais aussi de ne pas rentrer dans des cases. Un peu comme Aïlo en fait, lui non plus ne rentre pas dans les cases !

            Il a son propre caractère, très différent d’un autre renne. C’est aussi un point important du film. Je m’intéresse à l’individu et non à l’espèce. Chaque personnage de mon histoire a son caractère qui lui est propre.

             

            Beaucoup de choses se jouent au moment du tournage ?

            Oui. D’ailleurs, sur le plateau, j’avais ma trame écrite de façon circulaire sur une grande feuille A3. Un grand “cercle” ovale avec, recensées dessus, toutes mes séquences. Le soir, je regardais les rushes et en fonction d’un regard, d’un geste qui me parlait et que je voulais intégrer au récit, je corrigeais, je gommais... On a tourné sur quatre saisons de mai 2017 à juin 2018.

            Au final, je suis resté assez fidèle à la trame de mon scénario initial, mais oui, il y a eu des évolutions. Ne serait-ce que parce que, tourner avec un animal, c’est comme tourner avec un enfant. On ne le contraint pas, on n’y va jamais en force. Il faut être patient, trouver les mots. Car oui, on parle aux animaux ! J’ai des photos sur le tournage avec Aïlo où il me suit à la trace. J’en ai même avec mon front contre son museau, où on se pousse en mode copains. On marche à la confiance en fait... avec lui, elle est venue très vite.

            C’est sa mère qui avait confiance en nous, qui lui a transmis cette confiance. Lui, il vivait sa vie, ne s’occupait pas de nous. Il était curieux, vif, pas stressé. On se disait souvent que ce qu’on a eu avec Aïlo, on ne l’aurait eu avec aucun autre renne. Car il ne faut pas oublier que cet animal naît et meurt proie, ce qui en fait une espèce assez anxieuse. Lui ? Il n’en avait rien à faire de moi ! Quand on le filme en train de marcher sur la glace, j’étais vraiment juste derrière lui.

              

            Pourquoi avoir choisi le chanteur Aldebert pour être la voix du film ?

            Vous avez déjà assisté à un de ses concerts ? C’est incroyable, même les parents dansent. Il arrive vraiment à fédérer les familles. Aldebert, c’est un grand gamin qui sait parler aussi bien aux adultes qu’aux plus jeunes. C’est ce que je souhaite avec AÏLO. Et il faut bien dire que le commentaire lui doit beaucoup. Il y a des narrateurs qui peuvent vous massacrer un film ! Lui, il a joué un personnage qui se pose des questions sur d’autres animaux. Il s’est vraiment amusé en variant les registres : le chuchotement, l’accélération de la voix, ou, au contraire, son ralentissement. Il a un côté naïf dans le bon sens du terme : c’est un grand enfant qui ne cesse de s’émerveiller.

            Pendant l’enregistrement de sa voix, il m’a posé plein de questions. Il a composé un des morceaux du film en très peu de temps. Quand je l’ai entendu, je dois avouer que j’ai été très touché : il avait réussi à traduire mon émotion sur le film en paroles et en musique.

             

            Vous choisissez aussi de ne pas asséner le discours environnemental, mais plutôt de l’induire. Comme en suggérant que les rennes doivent monter plus haut pour trouver du lichen. Ou avec l’apparition de la machine qui déforeste, qui, pour le coup, apparaît clairement comme un prédateur

            Ce discours environnemental, à force de l’entendre tous les jours, devient stérile, n’est plus porteur. Il faut trouver un autre moyen de sensibiliser que de dire “Ce n’est pas bien ce que font les humains aux animaux et à la planète”.

            De ce point de vue, j’appartiens plutôt à l’école Miyazaki : émerveiller le spectateur, c’est l’inciter à protéger.

            La prise de conscience aura lieu parce que les enfants vont s’attacher à Aïlo, à l’hermine, au glouton. Et qu’ils se diront, “ce serait quand même dommage que tout cela disparaisse...”. D’ailleurs, cela fonctionne aussi avec les adultes.

            Sur le tournage, un Finlandais de l’équipe m’a dit : “Tu m’as fait redécouvrir les rennes, j’avais oublié de les regarder dans les yeux, de les voir comme des individus à part entière et affrontant des conditions extrêmes”. C’est vrai qu’arrivé là-bas, j’ai entendu un chauffeur de taxi me demander : “Un film sur un renne ? Mais pourquoi ? C’est stupide, un renne !”. Eh bien, ce film, c’est ma réponse à ce taxi.

            Les Finlandais eux-mêmes avaient perdu le lien avec cet animal. Raconter une histoire et toucher les gens, cela me semble permettre une prise de conscience moins culpabilisante.

             

            Découvrir la liste des livres adaptés du film :

             

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