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Par Slalom, publié le 22/01/2021

Anne Loyer : "L'adolescence doit rester une porte d'entrée vers le meilleur !"

Avec Filles uniques, l'autrice nous emmène en Chine, et plus précisément à Pékin, au moment de l'abrogation de la politique de l'enfant unique. Entre rébellion, émancipation et secrets de familles, c’est un roman fort qui donnera envie à tous les adolescents de prendre leur destin en mains. Pour en savoir plus sur la genèse de ce projet, Anne Loyer répond à nos questions.

Vous proposez avec Filles uniques un roman avec un thème très fort : les liens fraternels. Comment vous est venue cette idée ?

J'avais envie de parler de cette relation si particulière, si fusionnelle aussi parfois, qui existe entre frères et sœurs. Il me semblait intéressant de décrire un lien qui commence à la naissance et se poursuit toute la vie. Avec ses doutes, ses rires, ses colères, ses manques, ses relâchements par la distance ou par le déroulé même de l'existence qui peut éloigner, voire séparer. Mais jamais de manière définitive.

Vous nous offrez un voyage en Chine, au moment où la politique de l'enfant unique est supprimée. Pour quelles raisons souhaitiez-vous aborder ce sujet ?

La réalité de la politique de l'enfant unique m'est apparue dans toute sa cruauté grâce à un documentaire : La nation de l'enfant unique (One child nation) de Nanfu Wang et Jialing Zhang, qui retrace le parcours d'une jeune femme chinoise tout juste mère. Elle vit aux États-Unis et revient en Chine pour en savoir plus sur cette politique. Alors qu'elle est supprimée depuis 2016, ses répercussions sont terriblement prégnantes sur la société actuelle. Les adolescents d'aujourd'hui sont directement impactés par ses répercussions. Le film en question m'ayant offert l'idée centrale de mon roman, j'ai créé un personnage confronté aux choix de ses parents. Choix imposé ou choix volontaire, Xinxin qui évolue dans un monde où cette injonction n'a plus lieu d'être, a du mal à faire la part des choses lorsque sa propre vie est en jeu.

Comment avez-vous réalisé vos recherches ? Y a-t-il des découvertes qui vous ont marquée ?

Une fois le sujet arrêté, je me suis plongée dans la documentation afin de consolider mes connaissances et surtout de les approfondir. L'histoire de la Chine, les romans, les essais, les témoignages, les articles de presse, les documentaires... Les livres de la journaliste Xinran m'ont été particulièrement précieux. J'ai vraiment varié mes sources pour être au plus près de la réalité, tout en étant bien consciente que je devais rester dans le domaine de la fiction. Néanmoins, j'ai fait énormément de découvertes qui m'ont profondément marquée : la politique de l'enfant unique a été appliquée de manière autoritaire, et souvent en dépit de toute humanité. Avortements forcés, abandons des enfants nés en trop, stérilisations d'office, assassinats de petites filles... La Chine étant un pays extrêmement vaste, les disparités régionales ont joué un grand rôle dans l'application de cette politique. Et d'un secteur à l'autre, des campagnes aux villes, les choses ne se déroulaient pas de la même façon. Néanmoins si cette politique de l'enfant unique a été abandonnée, c'est bien qu'il en a résulté un fort déséquilibre en défaveur des filles et un renouvellement de population qui ne pouvait plus être assuré avec un seul enfant par famille.

Le personnage principal, Xinxin, est une jeune adolescente en rébellion contre la pression familiale et les cadres sociétaux. Avez-vous eu des difficultés à trouver sa voix ?

Je l'ai travaillée pour être au plus près de sa réalité. Je voulais qu'on l'entende, qu'on la ressente. Que l'injustice qui la frappe, le silence qui l'étouffe, lui fassent prendre conscience de sa colère, de ce qu'elle ne pouvait ni ne voulait accepter, quitte à renverser l'ordre établi. Mes éditrices Manon Sautreau, Marion Balalud, Caroline Moreau m'ont aussi guidée dans ce travail d'écriture pour que le ton reste le plus juste possible. Et je suis vraiment heureuse de l'entendre se révolter, de se rebeller pour ne pas accepter sans réagir.

Votre roman aborde aussi les secrets de famille. Comment avez-vous travaillé pour réussir ce pan de l’intrigue ?

Les secrets de famille sont souvent ce qui fait le sel des romans. Ces choses qu'on dissimule au prix de silences ou, pire, de mensonges. On le voit très bien aujourd'hui, avec les affaires d'inceste qui défraient la chronique, combien ces non-dits peuvent être destructeurs. J'ai cherché à faire passer entre mes lignes l'intuition qui sous-tend chacune des actions de Xinxin. Un élément déclencheur éveille en elle une conscience, d'abord très floue mais qui, peu à peu, au fil de cette recherche incessante de la vérité, va s'étoffer, s'arrimer à son cœur comme une évidence. Elle mettra tout en œuvre pour la révéler au grand jour car elle ne supporte plus de ne pas savoir. C'est une évolution qui prend racine au plus profond d'elle-même, dans ce passé faussé depuis le début, qui va ressurgir et lever enfin le voile sur tout ce qu'on lui a caché jusque-là.

En vous adressant une nouvelle fois aux adolescent.e.s, quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers cette histoire ?

L'adolescence est ce moment charnière où tout bascule. L'enfant s'éloigne, l'adulte n'est plus très loin : c'est un temps d'introspection et de projection. Un sas qui n'a rien de zen. Car il n'est pas évident de se construire, de définir qui on veut devenir, quand on a tant de mal à définir qui on est. Connaître ses racines, comprendre d'où on vient, savoir ce qui nous façonne, peut éclairer ce futur qui arrive à grande vitesse. Nous aider à l'accueillir. Par mes romans, je souhaite que les lecteurs puissent y retrouver leurs doutes, leurs craintes, leurs joies mais aussi, et quel que soit les problèmes auxquels ils sont confrontés - tout comme mes personnages que je ne ménage pas - leur signifier que si ce passage est tout sauf évident, leur vie ne fait que commencer. Et qu'ils sont à l'âge de tous les possibles. C'est pour cette raison que la fin de mes romans est toujours porteuse de lumière. Pas des fins happy end où tout se résout d'un coup de baguette magique, non, mais où mes personnages retrouvent des forces, une main tendue, un espoir qui naît. L'adolescence doit rester une porte d'entrée vers le meilleur !

Vous avez le mot de la fin. Qu'avez-vous envie de dire à vos lectrices et lecteurs ?

D'abord je les remercie de me suivre de livre en livre, et j'espère surtout que l'histoire de Xinxin les touchera autant qu'elle m'a touchée. Qu'à travers son parcours, fictionnel certes mais plongé dans une actualité très réelle, ils auront envie d'approfondir le sujet et d'inventer à leur tour un avenir au monde actuel.

 

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Comme beaucoup de Chinoises de sa génération, Xinxin est fille unique et tous les espoirs de ses parents reposent sur ses épaules. Sa vie est une course à l'excellence jusqu’au jour où elle apprend que sa meilleure amie va être grande sœur. Cette annonce ouvre en elle un incompréhensible gouffre d’émotions. Lorsque Xinxin aborde le sujet avec sa famille, elle se heurte à un mur de silence et de gêne. Se pourrait-il que ses proches lui cachent quelque chose ? Elle choisit de se battre pour lever le voile sur ces non-dits et comprendre enfin ce manque qui la hante.

Slalom