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Par Les Escales, publié le 08/04/2021

Catherine Bardon vous raconte : La Saga Les Déracinés

À l’occasion de la sortie du dernier volet de la saga Les Déracinés, Un Invincible été, laissez Catherine Bardon vous raconter l’origine de cette fresque historique passionnante.

« La saga des Déracinés est née d’une double rencontre, qui remonte à une trentaine d’années et qui a bouleversé ma vie.

Il est des rencontres qui bouleversent une vie. Parfois, insidieusement, sans que l’on s’en rende compte au moment où elles se produisent, même si, quelque part au plus profond de l’âme, on se sent bouleversé comme jamais.

C’est d’abord l’histoire d’une rencontre avec un pays, la République dominicaine. Il y a trente ans, ce pays était à peine sorti de l’ombre. Je l’ai découvert par hasard lors d’un voyage et il m’a instantanément habitée, il ne m’a plus jamais quittée. Je l’ai écrit, décrit, photographié pour savoir ce qui se cachait derrière l’image trop policée de peinture naïve : les réalités politiques, sociales, culturelles.

La seconde rencontre est celle d’un vieil homme, Kurt Luis Hess, qui, un jour de décembre 1991, m’a ouvert la porte de sa maison et de ses souvenirs. Les souvenirs d’une vie chahutée par l’histoire et apaisée par l’exil.

 

Kurt Luis Hess
© Sosúa Virtual Museum

             

Arrivée au port de Saint-Domingue en 1940.
© Sosúa Virtual Museum

Cette histoire commence en Allemagne, au tournant du xxe siècle. Kurt est juif. Une faute impardonnable dans l’Allemagne de 1930. Il quittera donc le Reich et suivra les routes de l’exil. Il connaîtra les itinéraires incertains, les camps, les faux espoirs, les vraies déceptions et, pour finir, il fera partie du projet Dorsa et posera ses valises, comme une poignée d’autres immigrants, sur la côte nord de la République dominicaine en 1940. Et il y reconstruira sa vie.

Son histoire, qu’il m’a racontée avec la simplicité de qui a vécu une aventure exceptionnelle, l’histoire de ses amis, qu’il m’a présentés, ce sont les histoires singulières d’hommes et de femmes victimes de la barbarie des temps qui ont su, par la volonté, l’amour, l’amitié, faire preuve de résilience. Ils ont non seulement accepté leur destin, mais en ont fait un exemple. Une leçon. Presque un mythe. Ces parcours de vie m’ont émue au plus haut point. Ces récits m’ont transportée dans le temps, un voyage dans les pages d’un roman qu’il restait à écrire, dans les images d’un film en technicolor qu’il reste à tourner. J’ai longtemps tourné autour de l’idée d’écrire le roman des pionniers de Sosúa. Mais je n’osais pas. Pour s’emparer de l’histoire des autres, il faut un sacré culot ou une bonne dose d’inconscience.

Et puis un jour, incidemment, j’ai appris que Kurt Luis Hess était parti rejoindre ses compagnons. Il repose désormais dans le petit cimetière juif, au bout du Camino Llibre, sur une colline de Sosúa. Il était le dernier des pionniers. Avec lui s’éteignait la mémoire vive de cette fantastique histoire de la colonie juive de Sosúa.

 

La stèle réalisée pour les soixante-quinze ans de la colonie.
© Catherine Bardon

 

La synagogue construite en mars 1940.
© Sosúa Virtual Museum

Luis voulait-il faire de moi une porteuse d’histoire ? Il n’était plus là pour me donner la réponse, mais j’ai décidé d’écrire l’histoire des pionniers de Sosúa. Pour qu’on ne les oublie pas, pour qu’on sache qu’un jour, des femmes et des hommes courageux, chassés d’un pays qui ne voulait plus d’eux, ont su réinventer leurs vies avec bonheur sur un rivage des Caraïbes.

Ainsi est née la saga des Déracinés, en hommage à ces pionniers qui avaient l’étoffe de héros. Cette fresque est une adaptation libre de leur histoire. Les personnages sont les miens, je leur ai inventé une vie, un destin, tout en m’appuyant sur ce qu’on m’a autrefois raconté. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant vécu n’est donc ni fortuite, ni involontaire. Almah, Wilhelm et leurs compagnons sont une mosaïque des fragments de vérité récoltés au fil de mes recherches. Rien de ce qui leur arrive n’a été inventé, tout a été vécu.

Que reste-t-il de cette miette d’histoire à Sosúa, aujourd’hui envahie par les touristes ? Les noms des rues, David Stern et Docteur Rosen qui résonnent étrangement ; un baraquement de bois, le dernier d’époque, coupé en deux pour tracer une rue ; un panneau en écriture Fraktur au mur de l’école communale baptisée du nom de son fondateur, Luis Hess, lui justement ; une modeste synagogue de bois, restaurée à l’identique à l’emplacement même de sa construction, en 1940 ; un petit musée attenant ; et, sur la colline, un cimetière oublié. Bien peu de choses en somme. Et puis cette poignée de Dominicains métissés, blonds aux yeux bleus, portant des patronymes allemands. Ils sont ceux de la deuxième, de la troisième et de la quatrième génération, qui entretiennent la mémoire de leurs racines.

La baie de Sosúa en 1940.
© Sosúa Virtual Museum

La baie de Sosúa aujourd’hui.
© Catherine Bardon

Kurt Luis Hess est décédé à 101 ans, après avoir passé quatre-vingts années de sa vie en République dominicaine. C’était une forme d’hommage symbolique que d’emmener un des personnages des Déracinés jusqu’à cet âge canonique. Almah incarne cet esprit pionnier et endosse ce rôle du dernier d’entre eux. Almah, dont le décès à 101 ans clôture Un invincible été et met un point final à la saga. »

 

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