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Par Fleuve éditions, publié le 23/05/2022

« Ce que je décris dans mon roman finira par arriver... »

À l’occasion de la publication chez Fleuve de son nouveau roman E.V.E, James Rollins nous parle de son univers romanesque.

E.V.E. : par le maître du Roman d'aventures - Une Aventure de la Sigma Force
À la veille de Noël, le commandant Gray Pierce découvre un sinistre tableau en rentrant chez lui : sa maison a été saccagée, sa femme enceinte a disparu et Kat, la femme de son meilleur ami, est inconsciente sur le sol de la cuisine. Incapable de parler, cette dernière est alors prise en charge par un neurologue qui propose à Gray une technique nouvelle pour débloquer pendant quelques instants son cerveau, le temps de lui poser plusieurs questions.

Et si l'Intelligence Artificielle devenait la plus grande des convoitises et le plus effroyable des dangers ?

1/ Pouvez-vous décrire le personnage de Mara Silviera et sa création d’Ève ?

Mara est une jeune chercheuse en intelligence artificielle dans une université portugaise, qui a fait une avancée significative vers le premier ordinateur à être réellement conscient de lui-même, un ordinateur doté d’une intelligence égale à la nôtre. Sa découverte suscite des convoitises et son laboratoire est attaqué, entraînant le meurtre d’une partie de ses collègues, mais Mara  parvient à s’échapper avec ses recherches – et Ève. Ève est la première incarnation de cette intelligence artificielle et, tout au long du livre, j’ai utilisé des informations que j’ai glanées auprès de chercheurs actifs dans ce domaine pour décrire l’évolution d’Ève depuis une entité froide, mathématique, vers quelque chose de miraculeux et nouveau. J’ai même écrit certains chapitres du point de vue d’Ève pour que les lecteurs puissent suivre cette transformation étape par étape.

2/ Qu’est-ce que le culte de sainte Colombe[1] ? Qu’est-ce que la nouvelle ère de la sorcellerie, et comment est-elle intégrée à votre histoire ?

J’ai découvert le culte de sainte Colombe pendant un voyage en Espagne. Ayant été élevé dans la religion catholique romaine, j’ai été surpris d’apprendre l’existence de cette sainte. Elle est la sainte patronne catholique des sorcières. D’après ce que l’on sait, Colombe était une sorcière du IXe siècle qui aurait rencontré l’esprit du Christ sur la route. Il lui aurait dit qu’elle ne pourrait pas entrer au paradis à moins de se convertir au christianisme, alors elle l’a fait – tout en restant une sorcière. Elle fut finalement martyrisée et décapitée pour sa foi et devint connue comme sainte patronne des sorcières. Aujourd’hui encore, elle agit en tant que protectrice des sorcières, intervenant en faveur des bonnes et luttant contre ceux qui voudraient corrompre cet art à des fins maléfiques. Avec La Conjuration des sorcières, qui mêle histoire et science au sein d’une histoire moderne, j’ai cherché ce qui pourrait aujourd’hui être considéré comme de la « sorcellerie ». Je me suis appuyé sur la citation d’un célèbre écrivain, Arthur C. Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. » Dans mon livre, cette « technologie avancée » est la recherche actuelle sur l’intelligence artificielle. Au fil des pages de La Conjuration des sorcières, vous découvrirez à quel point ces recherches sont devenues miraculeuses – et certaines choquantes et effrayantes.

3/ Pouvez-vous expliquer comment les sorcières sont traitées dans l’Ancien Testament et dans le Malleus Maleficarum ?

Comme vous pouvez le déduire du fait qu’il existe un saint patron catholique des sorcières, la relation entre l’Église et les prétendues sorcières a toujours été conflictuelle. Dans l’Ancien Testament, vous trouverez cette phrase dans l’Exode : « … ne pas laisser vivre une sorcière ». Pourtant, en parallèle, la Bible raconte l’histoire du roi Saül, qui a requis l’aide de la sorcière d’Endor, une magicienne qui a conjuré l’esprit de Samuel pour aider le roi. Or, c’est connu, la relation entre les sorcières et L’Église a pris un tour sanglant durant le XVe siècle, en particulier après la publication par un chasseur de sorcières d’un texte intitulé Malleus Maleficarum, ou « Le Marteau des sorcières ». Ce livre détaillait comment identifier, torturer et persécuter les personnes soupçonnées de sorcellerie et, à cause de la malheureuse invention de l’imprimerie à cette époque, ce maudit texte a été produit en masse puis distribué en Europe, et enfin en Amérique. La production massive d’un texte aussi incendiaire a mené à la mort plus de 60 000 personnes, principalement des femmes.

4/ Quelle est votre opinion sur l’IA ? L’utilisez-vous ? Que pensez-vous que l’avenir nous réserve ?

Mon opinion personnelle n’a pas beaucoup d’importance quand il s’agit de l’IA, car ce que je décris dans La Conjuration des sorcières finira par arriver – et probablement au cours de notre vie, si ce n’est durant cette décennie. Toutes les entreprises et tous les pays se lancent à corps perdu dans la recherche pour cette technologie, se précipitant pour être les premiers à franchir la ligne d’arrivée. Pourquoi ? En paraphrasant ce qu’a admis Vladimir Poutine il y a peu de temps : « Celui qui contrôle cette technologie contrôlera le monde. » Mais une course aussi inconsciente est devenue une source d’inquiétude parmi les dirigeants industriels et les chefs d’État. Et avec raison. Même Stephen Hawking a exprimé sa conviction que la création de la première IA véritablement consciente d’elle-même « pourrait être le pire événement de l’histoire de notre civilisation ». Le meilleur moyen d’éviter la crise serait de ne pas se contenter de chercher à créer une IA, mais de faire l’effort plus difficile – et plus coûteux – de chercher à créer la première IA amicale, une qui serait bonne et compatissante envers l’humanité, une qui pourrait être notre gardienne si une IA maligne et dangereuse venait un jour à apparaître. C’est notre meilleur espoir. Quant à l’utilisation de l’IA, je n’ai pas vraiment le choix non plus. Des versions réduites de l’IA sont partout : dans nos iPhones, dans nos gadgets domestiques, dans nos voitures. Il est impossible d’y échapper, cette technologie s’immisce de plus en plus dans nos vies – facilitant nos tâches quotidiennes, mais nous rendant aussi plus dépendants d’elle. Alors, quand le moment viendra, quel degré de contrôle aurons-nous ?

 5/ Qu’est-ce que cela signifie, d’avoir une âme ?

C’est une question qui taraude les philosophes depuis des siècles. Dans La Conjuration des sorcières, je traite de ce moment où l’humanité partage la planète avec une intelligence égale – si ce n’est supérieure – à la sienne. À quoi cela pourrait-il ressembler ? Est-ce que le fait d’être intelligent et conscient de soi suffit à conférer une âme ? Si non, quelle est la différence entre nous et cette entité intelligente et consciente d’elle-même ? C’est le cœur du sujet de La Conjuration des sorcières. À travers l’accompagnement attentif et méticuleux de Mara dans la transformation d’Ève, j’essaie du mieux que je le peux de répondre à ces questions. Tandis que, de la même manière, je démontre le contraire lorsque les méchants du livre cherchent à corrompre sa création. C’est un sujet difficile – mais un qui vaut la peine d’être traité, car nous pourrions tous être confrontés à ce casse-tête au cours de notre vie.

 6/ Comment menez-vous vos recherches sur les nouvelles technologies, la médecine, les armes, etc. ?

Je lis beaucoup sur le sujet, mais je me repose davantage encore sur mes interviews avec des chercheurs ou historiens sur les différents sujets abordés dans mes romans – en particulier lorsqu’il s’agit de science. Je dois être aussi à jour que possible. Je suis connu pour demander la permission aux chercheurs de regarder par-dessus leur épaule, et de me m’expliquer ce qui se trouve sur la table de leur laboratoire en ce moment. Cette immédiateté me permet d’être certain qu’au moment de la publication d’un de mes livres, la science est toujours à ce stade-là et non au-delà. Par exemple, en préparant l’écriture de La Conjuration des sorcières, j’ai posé la question suivante aux deux douzaines de chercheurs en intelligence artificielle que j’ai consultés : « Selon vous, quand verrons-nous la première super-intelligence artificielle ? » Leurs réponses variaient entre cinq et quinze ans – donc à coup sûr durant notre vie – mais deux m’ont donné une réponse vraiment étonnante, affirmant qu’ils pensaient qu’on avait déjà franchi ce seuil et en me démontrant pourquoi. C’est en partie pour cela que j’ai su que je devais raconter cette histoire, cette mise en garde sur l’IA et la direction qu’elle prend.

 7/ Comment le commandant Gray Pierce, votre personnage principal, a-t-il changé au fil des années ?

L’une des grandes joies dans l’écriture d’une série est d’avoir tout l’espace nécessaire pour montrer l’évolution d’un personnage au fil des livres. Mais je dois préciser que je structure également chaque livre de manière à ce que vous n’ayez pas à lire ma série dans un ordre particulier. Chaque roman est autonome. Même La Conjuration des sorcières est un excellent point de départ pour commencer la série. Cela dit, le commandant Gray Pierce n’est pas un personnage statique pour autant. Il a débuté en tant que nouvelle recrue de Sigma Force – un groupe d’agents secrets de terrain pour la DARPA, l’agence du département de la défense pour la recherche et le développement. À mesure des années, nous avons vu Gray se débattre autant dans sa vie personnelle que professionnelle. Il a dû faire face à des parents atteints d’Alzheimer, à des pertes tragiques, à l’amour trouvé puis perdu, à des handicaps et à des trahisons surprenantes. Si Gray et son groupe sont souvent appelés pour sauver le monde, ils ont aussi une vie à la maison qui leur pèse. C’est ce qui, à mon avis, permet au lecteur de s’identifier à Gray et aux autres membres de Sigma. Nous avons tous du mal à concilier les responsabilités professionnelles avec nos obligations personnelles. Voir cela se refléter dans Gray et son équipe les rend d’autant plus réels.

8/ Pouvez-vous nous expliquer ce que vous admirez dans l’écriture de Sandra Brown ? Et quel autre écrivain a eu la plus grande influence sur vous ?

J’ai commencé à lire Sandra Brown pour comprendre comment mieux décrire la romance dans mes livres, mais ce qui a commencé comme une « leçon » est devenu une obsession permanente. Je décris Sandra comme « la Stephen King de la romance ». Ses histoires sont sans aucun doute torrides, mais aussi captivantes, centrées sur les personnages et pleines de suspense. J’ai appris bien plus que « comment écrire une romance » grâce à ses livres. Quant aux autres écrivains, Michael Crichton a eu un impact énorme sur mon écriture. En fait, j’avais un exemplaire de Jurassic Park sur l’étagère au-dessus de mon bureau quand j’essayais d’écrire mon premier roman, et j’ai utilisé le livre de Crichton comme modèle pour comprendre comment structurer un thriller d’action basé sur la science. Aujourd’hui, quand j’enseigne l’écriture, je conseille le vieil adage « écrivez tous les jours », mais j’ajoute mon grain de sel en disant « lisez tous les soirs ». Il n’y a pas de meilleur professeur qu’un bon livre.

9/ Parlez-nous de votre travail de vétérinaire avec la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux et de la fondation que vous avez créée, Authors United.

Je n’apprécie pas quand on me présente comme un « ancien vétérinaire ». Je suis toujours capable de stériliser un chat en moins de trente secondes, une compétence acquise en travaillant dans le cadre d’un programme local de capture et de remise en liberté de chats sauvages. Je passe un dimanche par mois à stériliser les chats sauvages qui ont été piégés et amenés au refuge. C’est l’un des moyens les plus efficaces et les plus humains de contrôler ces usines à chatons extérieures.

Quant à mon soutien aux anciens combattants, il est apparu après ma participation à une tournée d’auteurs organisée par l’USO[2] en Irak et au Koweït à l’hiver 2010. En rentrant, j’ai su que je voulais faire plus. En premier lieu, j’ai travaillé avec USA Cares, qui collecte des fonds d’urgence pour les vétérans dans le besoin, et j’ai fondé Authors United pour recruter d’autres écrivains capables de faire connaître le travail formidable de USA Cares. Puis, plus récemment, j’ai rejoint US 4 Warriors en tant que membre du conseil consultatif. Cette nouvelle organisation caritative, née d’une initiative locale à San Diego, s’est depuis étendue à l’ensemble du pays. En plus d’aider à promouvoir le bien-être social des vétérans dans un large éventail d’activités, les dernières actions en date consistent également à aider les anciens combattants à raconter leur histoire – et même à être publiés ! Nous avons déjà eu quelques histoires à grand succès grâce à ce programme. Et, en tant qu’auteur, je ne pourrais pas être plus fier, d’autant plus que US 4 Warriors s’implique plus profondément encore dans cette nouvelle aventure éditoriale.

 

[1] Il s’agit de Colombe de Cordoue, l’une des 48 martyrs de Cordoue exécutés en 853.

[2] United Service Organizations, une organisation à but non lucratif qui fournit des services de loisirs et de soutien moral aux membres de l’armée américaine.

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