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            Par Presses de la Cité, publié le 12/10/2018
            [Interview] "L'Antichambre du bon Dieu" d'Emmanuel Prost

            Nouvel auteur aux Presses de la Cité, Emmanuel Prost nous entraîne avec L’Antichambre du bon Dieu sur les pas de son jeune héros, Patou, qui a grandi sur ces terres du Nord, entre marais et champs aux sillons interminables. Seul son cheval Chico a su adoucir la solitude de ses jours. Puis est arrivée la jolie Isabelle... Bien malgré lui, Patou va être enrôlé au fond de la mine et des enfers… Annie Degroote a signé la préface de ce roman poignant.

            Emmanuel Post nous parle de son univers, de la genèse du roman, de ses personnages…

            • Pourquoi avez-vous choisi le Pas-de-Calais de la seconde moitié du xixe siècle pour en faire le décor de votre roman ?

            Le Pas-de-Calais que j'habite et son département voisin du Nord sont les décors principaux de tous mes romans (excepté Kamel Léon, mon seul roman contemporain, qui se déroule dans l’univers du théâtre parisien). Je n'avais jusque-là traité que du xxe siècle. Il me paraissait intéressant de remonter plus loin dans le temps. La genèse de cette incroyable aventure a été l'exploitation minière de cette région. Je voulais aussi parler d'une époque où le secteur était plus rural qu’industriel, du temps où les cités qui allaient devenir minières n’étaient encore que des villages bordés de marais. C’était pour moi un beau challenge.

             

            • Patou n’est pas un héros comme les autres… Comment vous est venue l’idée de ce simple d’esprit, fils de chiconnier, attachant, différent, imprévisible ?

            Je me souviens parfaitement de l’instant où Patou est né dans mon imagination. Je suivais fidèlement à la télévision l'émission belge « Strip-tease » qui réalisait des reportages où la caméra s’immisçait dans le quotidien de personnages incroyables. Une de leurs émissions présentait une famille paysanne du Pas-de-Calais qui s’était juré de marier le dernier de la tribu. Elle faisait appel à une agence qui proposait sur catalogue des jeunes femmes des pays d’Europe de l’Est. Or le prétendant accusait un énorme retard intellectuel. Il était pourtant persuadé de pouvoir être aimé par cette femme puisque ses grands-parents avaient payé pour cela. La désillusion fut énorme. J’avais aussitôt noté dans mes petits fichiers de « projets écriture » l’histoire de « l’idiot du village » dans le Pas-de-Calais rural. Je n’avais aucune trame, mais je me suis juré d’y venir un jour, certain de tenir là un sujet fort.

             

            • Pour pallier sa solitude, deux êtres l’entourent : Chico, son cheval, et Isabelle, amie d’enfance. Pouvez-vous nous les présenter en quelques mots ?

            Chico, le cheval de Patou, est comme son jeune maître un cabossé de la vie. Tous deux sont nés dans la douleur, dans la fange d’un marais du Pas-de-Calais où Raoul le Bricoleux, le père de Patou, a élu domicile. L’un comme l’autre se distinguent par une inaptitude au travail. L’un est un éternel enfant, l’autre un éternel poulain. Deux êtres immatures qui ne voient en la nature qui les entoure qu’un immense terrain de jeu. Ils forment un binôme qu’on se plaît à dire inoffensif. Dès lors qu’on n’essaie pas de les séparer, bien sûr…

            Isabelle est une jeune fille de bonne famille. Elle arrive de sa Flandre natale, suivant son père qui a quitté son poste d’instituteur pour venir alphabétiser les ouvriers mineurs. Elle aime s’échapper du château où elle habite pour aller courir la campagne et découvre le marais de Patou. Dès qu’elle y apparaît, Patou est persuadé qu’il ne peut que s’agir de l’incroyable créature de ses rêves. Celle qu’il a longtemps espérée…

             

            • L’un des thèmes saillants de votre roman est le rôle des chevaux dans les mines…

            Oui, c’est incroyable, parce qu’au début, il n’était pas question de cheval dans le roman que je voulais écrire. Je voulais juste raconter l’histoire d’un simple d’esprit qui se retrouvait emprisonné et incapable de se défendre. Puis un jour, une lectrice qui avait beaucoup apprécié ma description des gens de la mine m’a suggéré d’écrire sur le cheval dans les mines. Je lui ai répondu que l’idée était bonne, mais que je n’avais pas le temps. La nuit suivante, je n’ai pas dormi. Le cheval n’a cessé de me hanter. Je me suis mis à imaginer le désespoir d’un enfant qui voyait avec tristesse son cheval lui être arraché parce qu’il allait travailler dans la mine. J’ai créé en quelques heures (et quelques retournements sur mon oreiller) une famille de paysans que l’enfant allait vite quitter pour se faire enrôler à son tour à la mine et surtout pour y retrouver son seul et unique ami. 

            • Comment avez-vous travaillé ces scènes impressionnantes que vous décrivez dans la mine ?

            Mon premier roman, La Descente des anges, m’a demandé plus de quinze années exclusivement réservées à la recherche documentaire. Je ne connaissais pas alors cet univers minier. Il m’a donc fallu l'étudier afin de le restituer au mieux. Toutes ces recherches continuent de m’être utiles pour chaque roman. Dans ce dernier, les scènes de mine ne sont pas très nombreuses. Mais moins il y en a, plus il faut être juste. L’angoisse et la peur de l’accident étaient omniprésentes dans ce métier. Ce sentiment d’insécurité, j'ai toujours grand plaisir à l'exploiter parce qu’il offre une ambiance bénéfique au ressort dramatique d’un roman. Et je veux que le lecteur, en arpentant les galeries en compagnie de mes personnages, se sente aussi oppressé que le mineur le jour de sa première descente.

             

            • Lecture riche en émotions, L’Antichambre du bon Dieu est à la fois une peinture sociale, une chronique villageoise. Mais aussi un roman à suspense…

            La chronique villageoise est quelque chose de nouveau pour moi. L’exercice m’a demandé beaucoup d'imagination car, depuis plus d'un siècle, la campagne a été rayée de la carte du bassin minier artésien. Cela m’a surpris quand je suis arrivé dans la région. On sort d’une ville pour aussitôt entrer dans une autre. Il n'y a plus d'entre-deux. Le monde rural n’est pourtant pas très loin, mais sur tout le bassin, les villages ont disparu au profit d’immenses et interminables cités ouvrières découpées en corons.

            En revanche, la peinture sociale est l’essence même de mes romans. Oui, j'aime y ajouter un certain suspense. Créer une ambiance dans laquelle le lecteur se sente bien est déjà un bel et louable exercice. Mais le surprendre, l’intriguer est un objectif que je garde constamment en tête lorsque j’écris. Entendre mes camarades Franck Thilliez ou David-James Kennedy (deux magnifiques auteurs de romans noirs) parler de mes romans en disant que j'ai réussi à y développer un suspense digne d'un thriller est évidemment quelque chose qui me flatte. Avec L'Antichambre du bon Dieu, j'ai aimé jouer sur le rythme du récit. Démarrer doucement, accélérer progressivement pour finir sur un rythme fou, une course contre la montre pour faire éclater la vérité, en laissant toujours aux personnages une longueur d’avance sur le lecteur (histoire de l’énerver un peu). C'est pour moi une volonté d’installer le lecteur dans quelque chose de doux, feutré et confortable, d’attiser petit à petit sa curiosité pour, sur les dernières pages, le happer et ne plus lui laisser la possibilité de reposer le livre avant d’avoir eu connaissance du dénouement.

             

            • Que souhaitez-vous faire partager à vos lecteurs avec L’Antichambre du bon Dieu ?

            La thématique commune de mes romans est que nous devons nous méfier des apparences, ne pas juger quelqu'un sans avoir pris soin au préalable de le connaître. L'Antichambre du bon Dieu ne déroge pas à cette règle. Je vous présente des personnages qui peuvent, de prime abord, paraître ignobles et repoussants. Et je m’échine à vous les rendre sympathiques et attachants. Pour qu’une fois le livre refermé, vous éprouviez quelques regrets à l’idée de devoir les abandonner.

             

            • Le titre de votre roman contient sa part de mystère… Que pouvez-vous nous dévoiler à ce sujet ?

            Le titre, à l’image de la couverture, doit interpeller le lecteur et le faire s’interroger. C’est un élément d’appel qui doit lui donner l’envie de voir de plus près de quoi il s’agit. Donc si celui-ci contient une part de mystère, tant mieux. J’aime l’ambiguïté que peut avoir ce titre de L’Antichambre du bon Dieu. Il peut évoquer une sorte de sas protecteur, un endroit doré qui nous attire car on espère pouvoir y bénéficier de la bienveillance du voisinage d’exception qu’il nous offre. Mais il n’est pas certain que Dieu tolère le voisinage. Peut-on considérer comme une réelle chance le fait de Lui être présenté ? Pas certain. Je vous laisse le découvrir…    

             

            Pour en savoir plus sur Emmanuel Prost

            • Comment êtes-vous venu à la littérature ?

            J’ai découvert, durant mon adolescence, La Belle Image de Marcel Aymé. Un récit fantastique publié en feuilleton dans la presse, avant que Gallimard ne l’édite. Ce n’est peut-être pas le meilleur roman de l’auteur, mais sa simplicité et sa fantaisie m’ont enthousiasmé. J’aurais aimé écrire une histoire semblable. Alors, en parallèle à ma passion pour le cinéma, j’ai commencé à produire des nouvelles, dans le même esprit fantastique que cette Belle Image, dans lesquelles j’aimais plonger des gens ordinaires dans des histoires extraordinaires. L’exercice m’a plu. Je suis passé ensuite à la pièce de théâtre, puis au roman. J’étais persuadé, une fois ce premier roman écrit, que j’avais fait le plus difficile. J’ai aimé ce long apprentissage. Aujourd’hui, j’ai assez de lucidité pour savoir que dans l’écriture, nous sommes d’éternels apprentis. Je suis de la race des « laborieux », mais rasséréné par cette idée de me construire, petit à petit. C’est certainement la meilleure méthode pour qui a l’espoir de durer. Parce que le vrai challenge de l’auteur n’est pas de réussir un très bon roman. S’inscrire sur le long terme, renouveler le prodige de séduire son lectorat à chaque nouvel opus, voilà qui a un certain panache…

             

            • Pouvez-vous nous parler de votre univers littéraire ?

            Après le fantastique de mes débuts, mon univers littéraire est aujourd’hui celui de l’historique et du régional, dans la grande tradition du roman populaire. Il y a quelques années, après avoir grandi dans la Loire, mon parcours m’a conduit dans le Pas-de-Calais, plus précisément dans l’ancien bassin minier artésien de Lens et ses environs. Une région que j’ai découverte à travers mes lectures. Parmi toutes ces histoires, une revenait invariablement : celle de la terrible catastrophe minière de Courrières du 10 mars 1906. Je me suis passionné pour le sujet et l’ai étudié pendant de longues années. Je savais tenir là un sujet très fort. Non pas pour écrire un récit de la catastrophe, davantage pour en faire l’axe narratif d’une saga, autour d’une poignée de personnages que l’on accompagne sur soixante ans d’histoire. J’ai pris beaucoup de plaisir à mêler mes petites histoires à la grande, à faire entrer mes personnages de fiction en collision avec le réel de leurs époques. Mes romans apparaissent aujourd’hui comme autant d’hommages tendres, émouvants et sincères à l’histoire de ma région d’adoption et à sa population.

            • Quels sont les auteurs que vous aimez, ceux qui vous inspirent, vos livres de chevet ?

            Mes goûts en littérature sont des plus éclectiques, et les auteurs qui composent mon panthéon littéraire sont assez nombreux. Ils vont de William Shakespeare à Franck Thilliez, en passant par Oscar Wilde, Stefan Zweig, Tennessee Williams, Agatha Christie, Hergé, Boris Vian, Bernard Clavel, René Goscinny, Sébastien Japrisot, Roddy Doyle, Carlos Ruiz Zafón, Stephen King, Annie Degroote, J.K. Rowling, Jean Teulé, François d’Epenoux, Jean-Paul Didierlaurent, Valérie Tong Cuong, Pierre Lemaitre, Franck Bouysse ou Jussi Adler-Olsen.

            Quant à mes livres de chevet, j’ai envie de citer : Les Misérables de Victor Hugo, Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline et Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.

               

            • Vous avez une marraine de renom…

            Oui, je suis très fier d’avoir Annie Degroote pour marraine littéraire. Lorsque j’ai découvert ses romans, ce qu’elle racontait de ses Flandres natales était exactement ce que je voulais reproduire avec le bassin minier artésien. Je l’ai un jour contactée – je pensais alors que les auteurs à succès étaient des gens que l’on ne pouvait atteindre – pour lui avouer toute mon admiration. A ma grande surprise, elle m’a (très gentiment) répondu et a même pris le temps de me donner quelques conseils. Le jour où l’écriture est devenue quelque chose de « sérieux » pour moi, je lui ai demandé d’être ma marraine de lettres. Et je suis aujourd’hui très heureux de ce titre purement honorifique que l’on s’est accordé l’un à l’autre. Annie est si charmante, si bienveillante et agréable. Elle est elle-même la filleule littéraire de Jacques Duquesne. C’est donc une belle filiation qu’elle m’offre là…

            En savoir plus sur le roman L'Antichambre du Bon Dieu

            Presses de la Cité