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Par Cherche midi, publié le 08/07/2020

Paul Séré : « Je suis un peu comme le docteur Frankenstein dans son laboratoire »

Réjouissants tout autant qu’amères, Les Contes du Seum font se croiser des destins très divers et pourtant tous réunis par une même cité. L’occasion pour l’humoriste Paul Séré d’explorer une galerie de personnages joliment dessinés que les aléas de la vie viennent chatouiller.

« Le seum », c’est l’agacement, la frustration, cette petite agonie qui vous cloue au sol quelques secondes, minutes ou bien plus. Un sentiment que les personnages du premier recueil de nouvelles de Paul Séré vont tous connaître. C’est ainsi qu’un roi du braquage, tombé dans le coma après une mauvaise chute, se réveille trente ans plus tard au cœur d'une cité où les codes ont bien changé. De son côté, une star du foot ruinée revient vivre chez ses parents. Il y a aussi ceux aussi qui se pensent dotés d’une folle intelligence et livrent plus de 300 kg de cannabis au milieu des tours en se faisant passer pour des policiers… Ce qui les rassemble ? Un même lieu, Belaire, où leur destin prend une dimension souvent déterminante. Dans cette cité – qui s’incarne à différentes époques de son histoire –, on croise des hommes, des femmes et des bêtes qui aspirent à une existence plus riche. Leur soif de pouvoir ou les révélations auxquelles ils font face vont toutefois enrayer leurs rêves.

Ancien membre du Jamel Comedy Club, Paul Séré est un véritable couteau suisse de l’humour. Acteur, scénariste, stand-uper mais aussi vidéaste, il n’a cessé d’explorer les travers de la société française pour faire rire mais aussi réfléchir. Car si ses descriptions et dialogues amènent souvent chez le lecteur un sens de la dérision, Les Contes du Seum vaut surtout pour l’acuité avec laquelle ils observent le monde autour d’eux. L’émotion, les désillusions et l’amère réalité viennent se glisser au détour des pages, comme pour rappeler que derrière l’humour, ce sont des vies et des rêves qui se jouent, qui demandent à exister. Paul Séré, dont il s’agit de la première incursion dans le monde littéraire, a accepté de répondre à nos questions.



Vous publiez votre premier ouvrage de littérature. Pourriez-vous revenir sur le cheminement personnel qui a abouti à la sortie des Contes du Seum ?

Comme tout ce que j’ai toujours fait, c’est d’abord un accident, un imprévu. Je me suis lancé dans l’écriture de scénario il y a un an et demi car je rêve de fabriquer du cinoche depuis tout gosse. J’ai toujours gratté des cahiers. En classe, dans le bus, avec mes potes, en boîte, en vacances, dès que j’avais un moment en somme... Au fil du temps j’ai cumulé tout un tas d’histoires que je ne pensais pas pouvoir développer au cinéma pour le moment mais que je refusais de laisser pourrir dans un tiroir ou sur un disque dur. Mon côté écolo sûrement ! J’ai appris en déjeunant avec un pote qu’il trempait dans la littérature. Il m’a proposé de rencontrer ma future éditrice du Cherche Midi lors d’un rendez-vous informel. On a parlé de la Grèce, de la dette du pays, de XXXTentacion, de stand-up et de John Cassavetes. Le tout en mangeant des cookies au chocolat, soit ma technique pour me mettre mes interlocuteurs dans la poche. Et puis je lui ai parlé de mon idée d’écrire des nouvelles. J’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire : des petites fables universelles qui se déroulent à différentes époques mais dans un même quartier. Je lui ai raconté 25 « stories ». On s’est bien marré. Elle a fini par me dire : « Les nouvelles, ça ne se vend pas, on va le faire ! ». J'ai pu faire ce que je voulais épaulé par des gens ultras bienveillants. Le pied total !


Vos personnages sont singuliers, truculents… Comment les avez-vous façonnés ?

Tous ces personnages ont été influencés par des rencontres ; ils ont tous plus ou moins existé. Après, j’ai forcé le trait. En général, pour mes personnages, je prends plein de notes. Je fais une fiche de personnage sur mon téléphone et dès que je pense à un truc intéressant, je l’écris. Au bout d’un certain temps, le héros est hybride, sa vie est un joyeux bordel. J’essaie d’y mettre de l’ordre ou, en tous cas, une certaine cohérence. Je fais un tableau, je colle des post-it sur les murs... Ma femme me prend pour un fou et ma fille les arrache. Après, c’est un grand puzzle à composer. C’est un peu le docteur Frankenstein dans son laboratoire : je donne vie à un monstre, je l’aime, il s’échappe et il faut que je le rattrape. Quand je le chope, je le détruis… avec des vannes.


Vous êtes notamment connu comme humoriste, pourtant ces nouvelles sont parcourues d’émotions souvent tristes, d’introspection et de déceptions de la part des personnages. Quels sentiments et thématiques vouliez-vous explorer au fil du livre ?

Le stand-up, pour moi, c’est aussi un accident ; je n’en ai jamais rêvé. J’ai toujours été vanneur et un peu clown mais face à des petits groupes. J’étais plutôt mystérieux sinon, je crois ; c’est en tout cas ce que disent les autres de moi. Je voulais surtout faire de la scène tous les jours, faire des pièces de théâtre à la Xavier Durringer. Cela dit, je n’avais pas son talent de poète et il était difficile de demander à des comédiens de venir répéter gratuitement pour jouer un spectacle sans être rémunérés. Monter seul sur scène, c’était avant tout pour moi une question de survie. J’étais dos au mur, forcer de faire rire le plus grand nombre. Les Contes du Seum, je ne les ai pas pensés tristes. Je voulais surtout que le lecteur ne s’ennuie pas, comme lorsque je fais du stand-up. Je voulais imposer un rythme aux héros et aux lecteurs. Même quand tu galères, tu as souvent un rire nerveux. Tous les mecs qui sont dans la merde ont souvent un humour à froid très fort. Ils souffrent et se donnent une prestance en prenant du recul pour mieux tourner leur situation en dérision. De toutes façons, l’humour c’est toujours deux mecs qui rigolent des problèmes d’un troisième. 


Vos descriptions et dialogues sont très visuels, les personnages prennent presque vie sous nos yeux de lecteur. Envisagez-vous l’adaptation des Contes du Seum en mini-série ou sur scène, par exemple ?

Je prends ça comme un compliment. J’aime beaucoup les dialogues et mon style ne fait pas très littérature classique. En revanche, le cinéma c’est toute ma vie. Quand j’avais 11 ans, je passais mes samedis entiers au vidéo-club qui se trouvait à 500m de chez moi pour regarder les jaquettes de films ainsi que leur résumé au verso. J’avais réussi à entendre le nom d’un client et je louais des K7 vidéos en son nom. Je le remercie bien fort. J’ai construit une bonne partie de ma culture générale avec ces visionnages. Les Contes du Seum, tôt ou tard, j’aimerais les adapter en série TV. Je me vois en directeur de collection qui offrirait à des auteurs et réalisateurs de venir proposer leur variation du « Seum » de Belaire. Je visualise déjà l’introduction de chaque épisode, le générique, la musique… Je suis un peu taré. J’ai d’autres projets qui sont avancés dans l’immédiat, mais tôt ou tard, cette idée va se concrétiser, j’espère.


Les Contes du Seum
Une légende du braquage, tombée dans le coma après une mauvaise chute dans une usine de carboglace, se réveille trente ans plus tard au cœur de la cité de Belaire, où les codes ont bien changé.
Une star du foot ruinée revient dans cette même cité, contrainte et forcée de vivre chez ses parents.
Et puis, il y a aussi ceux qui croient avoir une idée de génie : livrer plus de 300 kg de cannabis au milieu des tours en se faisant passer pour des policiers… Sauf que la livraison se déroule pendant une nuit d’émeutes.
Sans oublier le pitbull qui rêve d’obtenir le prix Goncourt.
Tout ce joyeux petit monde se croise dans la cité du Seum.
Quoi de plus relaxant que d’observer des gens galérer alors qu’on est posé à lire tranquillement dans son canapé ?

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