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Par Philéas, publié le 12/08/2022

Quand Mig donne vie à "Glacé" de Bernard Minier

Mig donne aujourd'hui vie en dessins à l'incontournable "Glacé" de Bernard Minier. 

Un travail tout en teintes de bleu et sépia pour illustrer le commandant Martin Servaz, qui se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière, mise à mal par un criminel diabolique.

Découvrez son travail plus en détails dans cet article inédit ! 

 

1) Quel a été le parti pris graphique de cette adaptation ? Quelle ambiance avez-vous voulu
transmettre ?

Dès les premières pages du roman, j’ai visualisé les espaces, les lumières et les plans. La Nature
immense, magnifique et écrasante, sous la neige omniprésente. Rapidement, j’ai eu une idée assez
précise de la technique que j’allais utiliser pour rendre l’ambiance générale.

Je voulais travailler en nuances de bleu. Mais contrairement à mon ancien travail sur l’adaptation de Puzzle de et avec Franck Thilliez (une seule nuance de bleu pantone sur un trait noir brut et expressif et le blanc du papier), je
voulais jouer sur les profondeurs, la brume dans la montagne, les différentes textures des éléments
de la Nature etc.

Je n’ai pas travaillé sur une base encrée au pinceau et à l’encre de chine mais plutôt au liner noir afin de laisser de la place à l’aquarelle. Juste une nuance, le gris de Payne. Cette teinte permet une richesse infinie de variations, de travailler les transparences. Pas sûr que le scanner ait pu retranscrire toutes les finesses des planches originales, mais j’ai tout fait pour.

 


2) Avez-vous été en contact avec Bernard Minier pendant la réalisation ? Pourquoi ?

Nous avons fait une visio avec Bernard Minier au tout début du projet, Covid oblige. Nous avions besoin d’échanger avec lui sur son histoire, sur les personnages. J’avais besoin de savoir comment il voyait Martin Servaz, surtout sur sa personnalité, ses émotions.

Bernard nous a donné sa vision du personnage, des noms d’acteurs pouvant l’incarner, pas forcément tel quel mais plutôt dans l’attitude générale. Il nous a laissé carte libre pour cette adaptation après avoir lu le séquencier de Philippe Thirault et les pages de test.

 


3) Quels traits de caractère avez-vous voulu mettre en avant graphiquement chez le
commandant Martin Servaz.

Martin Servaz est clairement en décalage avec ce monde qui avance trop vite à son goût. Je le vois analysant toutes les situations, dans son rôle de flic et dans sa vie personnelle, distant et passionné, perdant parfois son calme quand sa fille est au coeur de ses inquiétudes. Il ne se ménage pas, à tendance à faire passer sa santé au second plan. Je l’ai imaginé creusé, mal rasé tout en gardant une allure agréable.

Dans le roman, j’ai noté les détails que Bernard Minier a apporté à la taille des personnages. On n’est pas dans l’image du flic grand et sous testostérone, dominant tout le monde. Servaz a une taille moyenne et se trouve face à des personnes souvent plus grandes que lui. Dans mes planches, Ziegler a la même taille que lui, Diane est légèrement plus grande, comme la procureure Cathy D’Humières. Cela n’a pas d’incidence sur Servaz, mais cela pourrait en avoir à la lecture. Graphiquement, j’ai toujours besoin d’une masse de noir quelque part sur les personnages principaux que je dessine, pour solidifier, apporter une marque de caractère, une densité.

 


4) Quel a été le plus grand défi pour vous dans la réalisation de cette adaptation ?

La plus grande difficulté a été d’accepter les coupes par rapport au roman. Parmi les thèmes abordés, celui du genre, des choix sexuels personnels et des rapports aux autres, en opposition à la domination de certains apportent une dimension très importante à l’histoire.

Pour pouvoir exposer ce thème en détail, il aurait fallu présenter d’autres personnages présents et augmenter la
pagination, mais pas sûr que cela aurait été suffisant pour le faire de manière aussi approfondie. On effleure un peu le sujet, mais il faut forcément faire des choix quand on adapte en BD. Pas grave, je l’aborderai sûrement dans un autre projet. L’autre difficulté était de dessiner des décors se situant dans les Pyrénées. Je suis du Nord de la France, je me suis beaucoup documenté et fait des tests de rendus graphiques afin de présenter des paysages crédibles. J’espère y être arrivé.

 


5) Quel est le moment que vous avez préféré mettre en image ? Pourquoi ?

J’ai mis énormément de moi-même dans les notes d’Alice. Je ne pouvais pas aborder ce passage en simple observateur, je devais être à sa place, dans son ressenti pour pouvoir montrer sa douleur. Ce sont d’ailleurs les seules scènes (si je ne dis pas de bêtises) où les images sont issues de mes planches sans retouches, sans ajouts de couleur, ou très peu.

La brutalité était sur le dessin. Ce sont des passages assez éprouvants à vivre.

 

Découvrez la BD par ici...

Glacé
Déraisons d’État dévoile les coulisses des grands États, de leurs intérêts propres sur la scène mondiale, de leurs moyens sans limite qui n’évitent pas des dysfonctionnements pouvant conduire à des crises majeures… Leurs stratégies internationales, souvent en collusion avec les intérêts colossaux de multinationales privées, nous conduisent  inéluctablement au bord du gouffre : COVID ou guerres biologiques, Mer jaune, Australie, Ukraine, Libye, Mali…
Vu de l’intérieur, ce n’est plus la raison d’Etat qui les guide mais la déraison qui entraîne leurs gouvernements dans la spirale du pire.
Ce premier récit, Virus à l’Élysée, nous immerge entre France et Chine dans les coulisses de l’émergence du Covid.
L’épidémiologiste Jeanne Brun, le sous-prefet Georges Champigny et le journaliste Pierre Fleurus, acteurs et observateurs de cette pièce aux multiples jeux d’ombre, réussiront-ils à éviter le pire ?
Philéas

Lisez maintenant, tout de suite !

  • Interview
    Philéas

    "Glacé" en BD : Bernard Minier nous répond sur l'adaptation de son roman

    Bernard Minier a grandi au pied des Pyrénées. Primé à l’issue de plusieurs concours de nouvelles, il publie "Glacé" en 2011, son premier roman, aujourd'hui adapté en bande dessinnée pour la première fois par Philippe Thirault au scénario et Mig au dessin. 


    Prix du meilleur roman francophone au Festival Polar de Cognac, le roman "Glacé" a très vite connu un large succès public. En mai 2019, le Sunday Times le classe dans son Top 100 des meilleurs romans policiers depuis 1945.

    L'histoire met en scène le commandant Martin Servaz, un policier de Toulouse profondément humain et lettré, confronté à une série de crimes aussi épouvantables qu’incompréhensibles dans les Pyrénées au cœur de l’hiver.

    Découvrez en exclusivité l'interview de Bernard Minier sur cette adaptation en bande dessinée...

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