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Par Julliard, publié le 28/07/2021

"À l'origine des Confluents, il y a ces thèmes entrelacés du voyage et du désir" Anne-Lise Avril

Pour cette rentrée littéraire, Anne-Lise Avril nous livre un premier roman porté par une écriture d’une poésie rare. Ce premier roman se révèle être une ode à la nature et un appel au réveil des consciences.
 
 

 

Comment est née l’idée de ce roman ?

Les Confluents sont nés de l’envie d’écrire un roman qui ferait le tour du monde et donnerait à voir notre planète et la diversité de ses écosystèmes au travers du désir d’un homme et d’une femme, sans cesse poursuivi et renouvelé à l’aune de leurs déplacements permanents.

En ce sens, le récit a pris sa source dans la vision de certains lieux lointains, dont la puissance et le mystère m’attiraient et dans lesquels j’avais envie de me projeter par l’écriture, autant que dans l’apparition de mes deux personnages principaux, Talal et Liouba. Unis par cette histoire d’amour empreinte de résistance, empêchée par leur état d’exil permanent, ils trouvent néanmoins l’un en l’autre cette constante, ce lien immémorial qui les conduit à se retrouver, au fil des pays traversés, année après année.

À l’origine des Confluents, il y a donc ces thèmes entrelacés du voyage et du désir, qui s’assimilent pleinement l’un à l’autre, ainsi que ma sensibilité aux paysages et à la nature, que je suis habituée à photographier de façon documentaire, et que je souhaitais inscrire dans le cadre d’une fiction, comme personnages à part entière.

Parallèlement à l’écriture de mon roman, qui a duré quatre ans, j’ai également été influencée par mon travail dans une entreprise qui préserve et restaure les forêts à travers le monde. La confrontation quotidienne aux enjeux écologiques de notre siècle, tels que la crise du climat et de la biodiversité, m’a permis de les incarner dans ce roman, au sens propre, en leur donnant un corps. Les hommes et les femmes rencontrés par Talal et Liouba œuvrent ainsi, chacun à sa façon, à la sauvegarde des écosystèmes dans lesquels ils s’inscrivent. Cette idée d’une humanité unie par ses ressemblances et rassemblée par une cause commune m’a permis de tisser le lien du récit, dans l’optique d’une élévation, d’un voyage amoureux à travers le temps et les continents.

Comment avez-vous imaginé les itinéraires entrelacés de Liouba et Talal ?

Plutôt que dessiner une histoire d’amour de façon continue, je souhaitais mettre l’accent sur ses moments d’intensité, ses lignes de croisement et ses points de fuite. L’exil de Liouba et de Talal, qui sont sans arrêt en mouvement, permettait justement de réaliser ces trajectoires entrelacées, et de créer l’intensité émotionnelle que la distance engendre. 

Les itinéraires des deux personnages s’inscrivent par essence dans un univers mondialisé, où il n’existe plus de forêts, de déserts ou d’îles demeurant inaccessibles aux voyageurs qui désirent les rejoindre. L’amour de Liouba et Talal est en ce sens profondément contemporain, mais il acquière une dimension intemporelle lorsqu’il est confronté aux particularités éternelles des paysages traversés.

Pour dessiner leurs trajectoires, je suis ainsi toujours partie de ce que les lieux m’inspiraient, et il y a un lien profond entre l’évolution de leur histoire et les éléments naturels qui les entourent. Du désert, qui voit naître leur désir sans l’accomplir, à l’océan, source de vie, qui les réunit, en passant par la fertilité d’une forêt primaire, écrin de l’épanouissement de leurs sentiments, la réalité géographique de leur environnement reflète celle de leur âme, en devient le miroir, suivant cette idée que l’humanité appartient avant tout, et profondément, à la terre qu’elle habite.

La nature et les paysages occupent une place centrale dans votre roman, qu’est-ce qui a inspiré chez vous ces images ?

Mes voyages à travers l’Afrique et le Grand Nord ont constitué pour moi un réservoir imaginaire de paysages, d’atmosphères, de visages et d’histoires qui, passés au tamis de la fiction, m’ont permis de décrire, sans pour autant les avoir tous traversés physiquement, ces lieux de la planète où évoluent mes personnages. Il y a donc, dans ces images, bien sûr, une part de mon expérience personnelle, quelque chose d’immanent qui me revient lorsque je convoque l’idée d’un paysage particulier, une émotion éprouvée lors d’un voyage – mais il y a aussi ce que l’écriture en fait, en transformant la matière réelle et vécue en paysages de mots.

L’écriture poétique, qui m’est très chère, a été une véritable boussole dans la traduction de ce qui s’opère, de façon universelle, lorsqu’on traverse un désert de sable ou de glace, une forêt primaire, la taïga boréale, une savane équatoriale ou une mangrove − ce sentiment de symbiose, qui donne la mesure de la beauté, de l’immensité et de l’unicité de notre monde. La lenteur de la poésie en prose, avec ses jeux de rythme et d’écho, était pour moi la meilleure façon d’illustrer l’abandon à l’ailleurs, et de mettre en œuvre ce corps-à-corps de la nature et de la littérature.

Les Confluents
Liouba est une jeune journaliste qui parcourt le monde à la recherche de reportages sur le changement climatique. En Jordanie, elle croise la route de Talal, un photographe qui suit les populations réfugiées. Entre eux, une amitié se noue qui se transforme vite en attirance. D’année en année, le destin ne cessera de les ramener l’un vers l’autre, puis de les séparer, au gré de rencontres d’hommes et de femmes engagés pour la sauvegarde de la planète, et de passages par des théâtres de guerre où triomphe la barbarie. Liouba et Talal accepteront-ils de poser enfin leurs bagages dans un même lieu ?
Ce premier roman, grave et mélancolique, a pour fil conducteur l’amour lancinant entre deux êtres que les enjeux du monde contemporain éloignent, déchirent et réunissent tour à tour. Avec cet éloge de la lenteur et du regard, Anne-Lise Avril donne à la nature une place de personnage à part entière, et au fragile équilibre des écosystèmes la valeur d’un trésor à reconquérir.
 

 

Julliard

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