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Par Lisez, publié le 05/06/2020

Sophie Fontanel : "Faire des fables oblige à regarder la sexualité telle qu'elle est"

Elle n’est jamais là où on l’attend. La poésie en étendard, Sophie Fontanel signe après Nobelle et Une apparition, son premier recueil de fables. Oui, oui, des fables. Et pas n’importe lesquelles, Les Fables de la Fontanel (Robert Laffont), qui interrogent avec panache l’évolution de nos sexualités. Rencontre.

Ceux qui la suivent sur Instagram ou lisent ses textes dans L’Obs savent que Sophie Fontanel a le don pour trouver de la grâce partout où elle pose le regard. C’est peut-être son côté critique de mode, peut-être son côté romancière, ou peut-être un savant mélange des deux. Et s’il n’y avait que ça. Car en plus de cultiver une certaine élégance, Sophie Fontanel est drôle. Ainsi, il faut lire Une apparition, roman hybride dans lequel elle raconte son acceptation des cheveux blancs. En 250 pages, elle démontre qu’un sujet traité avec délicatesse et une bonne dose d’espièglerie peut amener à une profonde réflexion sur notre rapport à la féminité. C’est tout l’art de Sophie Fontanel, briser des tabous mais le faire en y mettant beaucoup de cœur.

Les tabous, elle continue de les égratigner avec la publication de son nouveau livre, Les Fables de la Fontanel. Ici, il n’est pas question de corbeau et de renard mais d’hommes et de femmes, ceux qui nous ressemblent et surtout, ceux qui partagent notre lit. Sexisme, pudibonderie, amours libres, quête du plaisir, simulation… Sophie Fontanel a passé à la loupe nos vies sexuelles et leur évolution et dresse un constat réjouissant : c’est dans la liberté que se trouve le plaisir.

Quand on parle de fables, on pense forcément à La Fontaine et donc à des récits assez désuets. Vous, vous choisissez d’utiliser les fables pour traiter un sujet très actuel : l’évolution des mœurs amoureuses. C’est une association inattendue, comment l’idée vous est-elle venue ?

S’il y a bien une constante dans ma vie, c’est que j’ai une passion pour l’élégance. C’est même une vocation. Je suis devenue critique de mode, non pas amour des modes, mais parce que j’ai trouvé dans ce milieu beaucoup de gens comme moi, qui se demandent comment être élégant tout en se libérant de normes. Il y a un peu tout ça dans mes fables, au fond ! Rester chic, coûte que coûte. Bien sûr, je n’ai rien contre les blagues très grasses, mais enfin c’est triste si on définit nos sexualités uniquement de cette manière. « Le cul », voilà comment on dit tous sans réfléchir. Et déjà, dès qu’on commence à parler comme ça, je m’ennuie. C’est pour ça que faire des fables, avec tout ce que cela implique de niveau de langage, de règles de versification, de recul sans lequel on ne peut pratiquer cet exercice, oblige à regarder la sexualité telle qu’elle est, mais sans sombrer dans la facilité. L’idée m’est venue un été sur une plage, je cherchais quoi écrire à un homme qui ne donnait pas de nouvelles... je ne lui ai jamais envoyé La Fable de l’homme qui tardait à répondre, mais elle ouvre le recueil.

Le sexe n’a jamais été un sujet tabou pour vous. En 2011, vous avez publié L’envie, dans lequel vous racontiez votre décision de ne plus faire l’amour pendant plusieurs années. Les Fables de Fontanel est un livre beaucoup plus léger mais pas moins pertinent. Voyez-vous un lien entre ces deux ouvrages ? Si oui, comment se répondent-ils ?

L’envie est mon plus gros succès en librairie à ce jour. Sur l’édition de poche américaine, c’est écrit "International Best-Seller", ça me rend si heureuse. Le succès du livre est venu de la simplicité et de la poésie, et de la noblesse par lesquelles je tente d’aborder ce sujet. Je voulais que ce soit beau et ambitieux. Et, en effet, je vois un lien entre les deux ouvrages : j’ai du recul, je passe beaucoup de temps à observer. Comme je ne vis pas ma sexualité comme tout le monde, la rêvant la plupart du temps, j’ai une sorte de clairvoyance, d’ouverture d’esprit, et en même temps je vois très nettement dans quelles normes rébarbatives se mettent les gens. J’ai découvert en écrivant L’Envie - et en lisant les milliers de réactions - que tout le monde a peur d’être anormale, sexuellement. Tout le monde veut à tout prix faire comme tout le monde. Mais nous sommes tous si différents.

Ces fables sont joyeusement décomplexantes. Elles piquent les hommes comme les femmes sans jamais être méchantes. Pensez-vous que l’on a oublié que le sexe et les sexualités pouvaient être drôles, amusantes ?

Alors, déjà, c’est très vrai qu’elles pointent aussi bien des absurdités du comportement masculin que du comportement féminin. Je ne suis jamais méchante, et c’est important de le dire. Je suis incapable de méchanceté, je trouve toujours des excuses à tout le monde. Et mes héros et héroïnes, s’ils agissent de manière pathétique, c’est juste parce qu’ils ne savent pas qu’ils pourraient être plus libres. Chaque fable peut être lue du point de vue de la liberté. L’humour permet d’emmener les gens avec moi. Quand on rit, on est mieux disposé. Le fait même de rire est la preuve que les vers de la fable sont pertinents. Sinon, on resterait de marbre. C’est d’ailleurs toute la difficulté de l’exercice : si c’est raté, ça se voit tout de suite. On fait un flop. Quant à savoir si le sexe peut être drôle, eh bien j’ai la réponse : c’est un terrain hilarant. Entre les moments où on se vante, ceux où on se plaint, ceux où on joue un rôle, ceux où on simule, ceux où on se compare... franchement c’est du Audiard non-stop.

On imagine que les fables ce n’est pas simple à écrire. Il y a les rimes, le rythme et puis la chute qui joue un rôle important. Vous qui avez écrit de nombreux essais et romans, le processus d’écriture a-t-il été différent pour ce livre-là ?

Justement, j’en parlais au début. Oui, c’est plein de contraintes, mais c’est la beauté du geste, aussi. Et puis, j’ai toujours adoré la poésie. J’ai baigné dedans enfant, mon grand-père paternel était du genre poète, il tenait un salon de poésie arménienne à Paris, c’est fou quand on y pense. Et ma mère connaissait tant de poésie et de scènes de théâtre par cœur, même âgée et avec le cerveau qui s’échappait, elle pouvait encore réciter tout ça. Je peux dire que j’ai été élevée par mes parents, mais aussi par Molière, Musset, Marivaux, Eluard, Prévert, et aussi Brassens, Audiard dont je parlais à l’instant... chez Audiard, ça rime toujours un peu : "Et si je te peignais en bleu, qu’on se marre un peu... !".

Votre compte Instagram peut-être également vu comme un objet littéraire. Les images y sont aussi importantes que le texte, qui est à la fois poétique, drôle et perspicace. Vous qui avez longtemps écrit pour la presse féminine, diriez-vous qu’Instagram est un espace qui vous offre une liberté d’écriture jamais connue avant ?

Instagram m’a offert la possibilité d’être vraiment moi-même. A ELLE, bien sûr je n’étais pas censurée, mais certains terrains d’investigation étaient inconcevables : on ne pouvait pas donner son avis, sauf dans des cadres très précis. Sans cesse, des gens essayaient de formater ma plume. Je ne veux pas donner l’impression de m’en plaindre car cela m’a beaucoup appris. A L’Obs, où je travaille aujourd’hui, la liberté est totale. D’ailleurs, je crois que c’est venu grâce à Instagram : tout le monde s’est vite rendu compte de l’écho que je pouvais avoir avec un post, si on me laissait aller selon mon inspiration. J’ai une plume aujourd’hui très incarnée, très douce, facétieuse, et surtout, si ça se trouve, unique. Je le dois à cet Instagram où j’ai pu me déployer, et à ces nouveaux patrons de L’Obs qui m’ont fait confiance. On trouvera toujours des gens pour critiquer Instagram, mais c’est tout de même un sacré endroit où montrer de quoi on est capable. La première fable, je l’ai lue sur Insta. Ce sont 200 000 followers qui m’ont encouragée à continuer.

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