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Par Presses de la Cité, publié le 30/03/2020

Véronique Pierron : "Je remercie Jean Anglade de m'avoir fait vivre une rencontre aussi émouvante"

Pour la deuxième année consécutive, le prix Jean Anglade récompensera un premier roman mettant en avant les valeurs chères au romancier : humanisme et universalité. Rencontre avec la lauréate de cette première édition, Véronique Pierron, qui nous plonge au coeur de ses premières impressions lors du salon de Royat Chamalières.

Recevoir le prix Jean Anglade fut bien entendu pour moi, une chance qui m’a permis de publier mon premier roman. De cette aventure, je retiens des moments heureux et notamment ceux m’ayant mis en contact avec le public des lecteurs. Et si je garde un très bon souvenir de chacune de ces rencontres, l’une d’elle m’a particulièrement marquée. Elle s’appelait Isabelle comme l’une des héroïnes de mon roman. C’était le 4 octobre dernier. Je participais alors à mon premier salon du livre, celui de la Royat-Chamalières. Consciente de mon rôle d’illustre inconnue encore accentué par la proximité immédiate de mon très médiatique voisin David Foenkinos, je n’avais pas d’attentes particulière,  animée de la seule satisfaction de me trouver à cet endroit. D’autant plus que Franck Bouysse venait de me remettre le prix Jean Anglade. 

C’est alors que je la vis s’approcher de mon banc un peu à la manière des crabes qui pérégrinent de travers pour tromper l’ennemi. J’ose y aller. Je n’ose pas. Puis Isabelle s’est lancée en s’approchant à petits pas. Brune, de taille moyenne et très mince, elle avait marqué sur le corps et dans ses gestes économes, l’empreinte de grande fragilité de ces gens en désaccord avec leur existence. Nous avons tous connus ces périodes en souffrance où nos vies déraillent et ne tiennent plus leurs promesses. Ca se lit sur le visage, c’est une odeur que l’on transporte dans son sillage, un parfum de maladresse et d’incertitude. Ses larmes, elle les avait gravées sur le front et lorsqu’elle me balança ses yeux mouillants, j’ai eu l’impression d’être happée par un appel au secours qui ne dirait pas son nom. Juste après, elle saisissait un roman, attiré sans doute par la couverture céruléenne. Elle le tourne, commence à lire le texte de présentation au dos des Miracles de l’Ourcq et animée soudain d’une étrange fébrilité se met à le feuilleter en s’arrêtant sur certains passages. Elle me lance alors un regard où se lit une si grande détresse que j’en suis restée les bras ballants. Elle repose le livre sans violence et s’éloigne du banc pour se placer dans l’intimité d’un coin d’ombre. 

Je la revois plonger sa tête entre ses mains. Son dos tressaille. Je suis gênée et malheureuse à l’idée d’une maladresse de ma part qui aurait provoquée une telle épreuve. Je me lève et m’approche. Elle sanglote. Je m’excuse d’avance de tous les méfaits dont j’aurais pu être coupable. C’est alors qu’elle me raconte son histoire douloureuse, celle d’une femme amoureuse d’un réfugié placé dans un camp de rétention pour être renvoyé au Pakistan, deux jours plus tard. « Je m’excuse, me dit-elle. Mais ce que je viens de feuilleter de votre roman me rappelle trop ma situation épouvantable ».  Elle me parle de son amour, du deuil qu’elle va devoir affronter. De cette séparation qu’elle n’ose même pas imaginer. Elle prononce des mots simples et doux comme  espoir, grand amour, vie à deux, foyer et enfants. Et moi, je reste inutile à l’écouter avec sur la table du salon du livre de la Royat-Chamalières,  mon roman dont l’histoire soudain superflue, pâlissait devant la réalité si douloureuse d’Isabelle. Je remercie Jean Anglade de m’avoir fait vivre une rencontre aussi émouvante. 

 

Les Miracles de l'Ourcq
Sur les bords du canal de l’Ourcq à Paris, toute une population en marge a construit des villages avec des maisons de fortune en carton recouvertes de bâches en plastique. On y rencontre le Vieux, qui, après un naufrage personnel, s’adonne dans sa petite caravane à sa passion du tricot ; Sandra, atteinte du syndrome de Gilles de La Tourette ; Bella, qui est voyante, ou encore Noury le musicien. Il y a aussi Juno, le Brésilien poète illettré, fou amoureux d’une écrivaine infirme au succès grandissant. Cette population de cabossés aurait bien besoin d’un
coup de pouce du destin. Jusqu’au jour où surgissent les miracles de l’Ourcq...
Les Miracles de l’Ourcq est un premier roman irrésistible qui va droit au coeur, où il est question, au fil des pages, d’humanité, d’espoir, du droit à la différence.
De nous, de l’autre…

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  • News
    Presses de la Cité

    Antonin Sabot, lauréat du prix Jean Anglade 2020 du premier roman

    Créé par les Presses de la Cité en 2018, le prix Jean Anglade est un prix littéraire national qui récompense un primo-romancier ayant mis en avant dans son texte les valeurs chères à l’un des auteurs majeurs de la maison d’édition : humanisme et universalité. Succédant à Véronique Pierron en 2019 pour son roman Les Miracles de l'Ourcq, le lauréat du prix 2020 a finalement été choisi : il s’agit d’Antonin Sabot, avec Nous sommes les chardons.

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