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Par Lisez, publié le 27/05/2020

Sophie Loubière : "Mes héroïnes sont fortes de courage, de doute, de propension à se dépasser"

Sophie Loubière a reçu ce 20 mai le prix Landerneau polar pour son roman Cinq cartes brûlées (Fleuve éditions), un thriller psychologique sombre et intense inspiré d’un fait-divers. Elle a répondu à nos questions.

Fondé par Michel-Edouard Leclerc, le prix Landerneau polar récompense depuis 2012 un auteur dont le "roman est à même de rassembler la plus grande majorité de lecteurs". En racontant l’histoire de Laurence, une jeune femme traumatisée par les humiliations subies durant son enfance mais déterminée à agir sur son destin, Sophie Loubière a convaincu le jury et son président, le romancier DOA. Interrogé par l’AFP, ce dernier a souligné l’écriture "fine et sensible" de Sophie Loubière, "tout entière au service de son personnage principal, moteur d'un récit en phase avec les préoccupations sociologiques de l'époque". Après L’enfant aux cailloux et le diptyque Black Coffee / White Coffee, la romancière prouve une fois de plus avec Cinq cartes brûlées son talent pour les intrigues implacables et parfaitement construites. Se laisser manipuler par une histoire n’a jamais été aussi réjouissant.


Vous venez de remporter le prix Landerneau polar. Comment accueillez-vous cette nouvelle ? 

J’éprouve beaucoup d’émotion et de fierté. Ce prix est la récompense d’une belle aventure de plus avec Fleuve Noir ; je le partage avec celles et ceux qui m’ont soutenue durant le fragile et délicat processus de l’écriture.

Le prix Landerneau polar récompense un "roman dont le sujet est à même de rassembler la plus grande majorité de lecteurs". D’après vous, pourquoi Cinq cartes brûlées a-t-il autant touché le jury ?

Le roman met en lumière les préoccupations sociologiques de l’époque sur la manipulation, l’humiliation mais aussi les violences faites aux femmes. Le lecteur est happé tout entier par le personnage de Laurence dont le corps mute au fil des pages : sa voix intérieure guide le cheminement avec sa sensibilité particulière, l’imprègne de sa perception des choses pour mieux l’égarer, se jouer de lui comme du monde. La structure, le style littéraire et l’héroïne de ce roman sont à l’opposé des archétypes du genre thriller. C’est peut-être cette prise de risque, le traitement romanesque d’un fait divers sanglant et cette idée que la vie n’est qu’une succession de cartes plus ou moins bien tirées dans le sabot du destin, qui auront séduit le jury composé de libraires ainsi que l’écrivain DOA, son président.

Ce roman s’inspire d’un fait-divers survenu en Lorraine en 2012, mais il y a aussi quelque chose de très intime qui transparaît. Dans quelle mesure avez-vous puisé en vous pour l’écriture de cette histoire ?

Comme tout romancier, je convoque mon propre vécu émotionnel. Jules Renard n’aurait jamais écrit Poil de Carotte sans avoir vécu sous le joug d’une mère désaimante et perverse ! J’ai donné à Laurence une palette d’émotions et d’expériences de la vie assez proche de la mienne : un frère affectueux mais maltraitant par malice, inconscient des conséquences de ses actes, des parents entièrement dédiés à leurs métiers, tournés vers les autres, aveugles à ce qui se passe au sein de leur propre famille, une mère peinant à donner à sa fille affection et confiance en elle. Par-dessus tout, j’ai donné à Laurence un imaginaire débordant, un rapport gourmand et sensuel au monde et aux autres, un besoin chevillé au corps de se dépasser, de courir la vie à perdre haleine.

Dans vos romans, il y a plusieurs thèmes qui reviennent souvent : l’image de la femme forte et de l’homme perdu, la manipulation mentale, le destin, l’enfance. Avez-vous conscience de cela quand vous écrivez ou le découvrez-vous après coup ?

Ce sont des thèmes universels que des auteurs comme Joyce Carol Oates, Thomas H. Cook ou Jean-Paul Dubois ont magnifiquement abordé. Mes héroïnes sont fortes de courage, de doute, de propension à se dépasser, à aller au-delà des clivages. Je les crois représentatives de la figure féminine contemporaine, pétries de contradictions et d’injonctions équivoques : comment assumer son corps, son âge, son origine, sa maternité ou son absence de désir de procréer tout en étant bombardée d’images de femmes toujours stéréotypées véhiculées dans les films, les romans, les magazines et les médias ?

Devoir se battre pour une reconnaissance de ses compétences, une égalité salariale, un partage des tâches ménagères et de l’éducation des enfants - ou pour les élever seule dans des conditions décentes - , trouver le courage de dire non aux violences physique ou psychologiques d’un conjoint, affronter le deuil d’un être cher… voilà les héroïnes qui comptent à mes yeux et qui m’inspirent. Mes personnages masculins ne sont jamais perdus mais ont la fâcheuse tendance à courir à leur perte, ce qui les rend terriblement attachants, comme Gregory Peck aux yeux d’Ingrid Bergman dans le film Spellbound d’Alfred Hitchcock. Dans un perpétuel questionnement, ils s’interrogent sur leur couple, leur métier, sur la finalité de leur existence, cherchant à se libérer d’un secret ou d’un mensonge (héritage paternel ou materne), du poids qu’exerce sur eux la société, ou bien de leurs propres démons – ici, le jeu, le sexe. Et telles les figures masculines des romans initiatiques d’Hermann Hesse, ils en sortent toujours grandis.

Pour en savoir plus sur le roman et le fait divers ayant inspiré l’histoire, cliquez ici.

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