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            Une chambre à soi

            10/18
            EAN : 9782264033604
            Code sériel : 2801
            Façonnage normé : POCHE
            Nombre de pages : 176
            Format : 108 x 177 mm
            Une chambre à soi

            Clara MALRAUX (Traducteur)
            Date de parution : 16/05/2001

            Bravant les conventions avec une irritation voilée d'ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu'à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie...

            Bravant les conventions avec une irritation voilée d'ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu'à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi.

            « Pourquoi un sexe est-il si prospère et l’autre si pauvre ? Quel est l’effet de la pauvreté sur le roman ? » Virginia Woolf

            Traduit de l'anglais
            par Clara Malraux

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            EAN : 9782264033604
            Code sériel : 2801
            Façonnage normé : POCHE
            Nombre de pages : 176
            Format : 108 x 177 mm
            10/18
            6.10 €
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            Ils en parlent

            Une chambre à soi. Ou plus littéralement un lieu pour soi. Tel est le sujet de la conférence donnée par Virginia Woolf en 1928. Même si elle s’en défend, son sujet est le métier d’écrivain autant que la place de la femme dans la société. Une démonstration brillante, un désir profond de la mise en oeuvre de talents d’écrivains, hommes ou femmes. On retrouve dans cet essai la virtuosité du langage et l’ironie mordante propre à Woolf.
            Adeline Savy-Hadjadj-Auphan / Librairie Le Divan

            Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

            • Gabrielle_Dubois Posté le 30 Mars 2019
              A Room on One’s Own m’a passionné du début à la fin ! Le livre dans la main gauche, et un copy book et un stylo dans la main droite, j’ai d’abord commencé à noter les passages pertinents et les réflexions qu’il m’inspirait quand je me suis rendu compte que je notais presque chaque page écrite par Virginia Woolf ! Donc, comme je ne voudrais surtout pas vous ennuyer avec une longue paraphrase du texte, je vais plutôt vous livrer, au hasard, quelques passages qui m’ont particulièrement interpellée. Avoir du temps pour soi est un luxe : Ô combien je comprends Virginia quand elle évoque l’harmonie entre soi, le lieu et le temps où l’on est présent de corps mais où l’esprit va plus loin. Je me souviens des rares fois où j’ai ressenti cela. Rares, parce que peut-être cette sensation n’est donnée qu’aux êtres qui ont le loisir de laisser aller leurs pensées au gré de l’eau. Et quand, comme moi et vous sûrement, on a un travail, des responsabilités envers des enfants qui dépendent de soi, on n’a malheureusement guère le loisir de méditer au calme, en un lieu assez paisible pour inciter à la rêverie de l’esprit. Alors, comme Virginia, quand... A Room on One’s Own m’a passionné du début à la fin ! Le livre dans la main gauche, et un copy book et un stylo dans la main droite, j’ai d’abord commencé à noter les passages pertinents et les réflexions qu’il m’inspirait quand je me suis rendu compte que je notais presque chaque page écrite par Virginia Woolf ! Donc, comme je ne voudrais surtout pas vous ennuyer avec une longue paraphrase du texte, je vais plutôt vous livrer, au hasard, quelques passages qui m’ont particulièrement interpellée. Avoir du temps pour soi est un luxe : Ô combien je comprends Virginia quand elle évoque l’harmonie entre soi, le lieu et le temps où l’on est présent de corps mais où l’esprit va plus loin. Je me souviens des rares fois où j’ai ressenti cela. Rares, parce que peut-être cette sensation n’est donnée qu’aux êtres qui ont le loisir de laisser aller leurs pensées au gré de l’eau. Et quand, comme moi et vous sûrement, on a un travail, des responsabilités envers des enfants qui dépendent de soi, on n’a malheureusement guère le loisir de méditer au calme, en un lieu assez paisible pour inciter à la rêverie de l’esprit. Alors, comme Virginia, quand me vient un début d’idée de roman ou de personnage et que je n’ai pas le temps de la noter, et que, désespérée, le soir, après ma journée de travail, je me rends compte que l’idée s’est échappée, j’enrage ! Les intellectuels et la nourriture : En tant que gourmande (et Française peut-être ?), j’apprécie la remarque de Virginia sur le fait que les romanciers et écrivains anglais, lorsqu’ils se rappellent un repas, ne mentionnent pas ce qu’ils ont mangé, mais uniquement ce qu’ils ont pensé et dit. Et je suis bien d’accord avec Virginia : une conversation lors d’un repas est totalement différente si vous mangez des mets de qualité ou de la soupe de cailloux ! Ce fait m’a surprise car, les écrivains dont j’aime la vie et les livres : Théophile Gautier, Dumas, Balzac, George Sand, Flaubert et d’autres, parlent toujours dans leurs mémoires, souvenirs ou correspondances, ce qu’ils ont mangé. Ils s’invitaient aussi souvent que possible les uns chez les autres et je suis sûre qu’un bon repas délie plus facilement un esprit ! Un être humain n’est pas un pur esprit. Un écrivain ne peut pas se résumer à son esprit : c’est aussi un corps qui mange et qui aime. La façon dont on mange et la façon dont on aime font intégralement partie de soi, de sa pensée. Les femmes et la maternité : Virginia soulève la question de la maternité. Une femme n’est pas moins femme parce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas avoir d’enfants. Mais qu’en est-il de celles qui en ont ? Tout comme Virginia, je pense qu’avoir un enfant prend bien plus que neuf mois : cela prend des années, car une maman accompagne son enfant dans le début de sa vie. Cela prend du temps physiquement ; pendant ce temps-là, une mère ne peut quasiment ni lire ni travailler. Travailler dans le sens gagner l’argent qui donne la liberté, et encore moins « faire carrière ». Mais avoir des enfants prend aussi un temps immatériel : une mère a l’esprit tourné vers son enfant et donc, elle a peu de temps pour penser à autre chose. Certes, ce n’est pas une généralité, mais personnellement, cela a été mon cas. Pour autant, je ne crois pas que ce soit un temps perdu pour soi. C’est une expérience qui enrichit l’affect, le cœur et l’esprit d’une femme. Le problème, pour une femme qui voudrait et pourrait s’exprimer dans une carrière, quelle qu’elle soit, n’est pas la maternité. La maternité peut durer des années, si une femme a deux ou trois enfants et qu’elle les accompagne un bout de chemin. Le problème est que, pendant ce temps, les hommes, eux, font carrière, et qu’ensuite, ils n’accompagnent pas la femme dans son retour au travail. Ils considèrent que la femme n’a rien fait. Le problème est donc toujours le même : quelle place l’homme laisse-t-il à la femme dans la société ? La civilité est la fille du luxe : Virginia écrit que urbanity, geniality and dignity are the offspring of luxury and privacy and space. Ce petit passage m’a rappelé le Germinal par Zola : il est vrai que de la misère, d’un travail trop dur et de la promiscuité dans un logement ne peut pas naître une élévation de l’âme et de l’esprit. Faire ou ne pas faire d’études universitaires, là est la question : Virginia thinks how unpleasant it is to be locked out of the university; and then she thinks how it’s worse perhaps to be locked in ! Et moi je pense à Théophile Gautier, à Balzac, à Dumas, à George Sand et tant d’autres brillants écrivains qui se sont tant ennuyés au lycée qu’ils ont préféré suivre leur propre voie. Être libre de sa pensée, être maître de ses recherches, penser et écrire exactement ce que l’on veut, selon ses propres goûts et non pas ceux de professeurs, cela n’a pas de prix. La confiance en soi : Virginia écrit : « Life for both sexes is arduous, difficult, a perpetual struggle. It calls for gigantic courage and strength. More than anything, perhaps, it calls for confidence in oneself. Without self-confidence we are as babes in the cradle. » Virginia a totalement raison ! Sans la confiance en soi, on ne fait rien ! Je peux le dire, je l’ai expérimenté, cela a même été une révélation pour moi, il y a quelques années. Pour certains, du fait de leur éducation ou de leur parcours sans agression, la confiance en soi est naturelle. Pour d’autres, la confiance en soi est une chose qui doit s’acquérir, parfois dans les larmes. Mais alors, une fois qu’on l’a, quelle victoire, quel bonheur ! Et la confiance en soi est peut-être, pour moi du moins, et contrairement à Virginia, ce qui est plus important pour s’exprimer, que de posséder une chambre à soi ou de l’argent. Le monde n’a pas besoin de la littérature : Virginia écrit : « Further, accentuating all these difficulties and making them harder to bear is the world's notorious indifference. It does not ask people to write poems and novels and histories; it does not need them. It does not care whether Flaubert finds the right word… » Et là, je suis sûre qu’elle avait dû lire la correspondance de Flaubert avec George Sand, car c’est exactement ce qu’écrivait Flaubert à sa chère amie George Sand : il se désolait que le monde n’eût pas besoin de la littérature ! Ah, ce vieux troubadour aimait bien à se plaindre ! L’argent et le génie : L’argent, certes, est important. Il est si difficile de vivre sans. Mais je ne crois pas, pour continuer sur cette page du chapitre trois, que sans argent il ne puisse pas y avoir de génie. Flaubert, puisque Virginia le prend, à de nombreuses reprises, pour exemple, aurait aussi écrit avec moins d’argent ; de même que Balzac qui a passé sa vie à courir après l’argent alors que les huissiers couraient après lui ! Et les exemples sont nombreux… Avec une plus grande ou une plus petite aisance financière, tous ces écrivains auraient quand même écrit. Peut-être pas sur les mêmes sujets et de la même façon, mais ils auraient écrit, car le génie était en eux. Écrire dans la chambre commune : Dans le chapitre quatre, à partir du paragraphe commençant par : « Here, then, one had reached the early nineteenth century. » Qu’est-ce que j’y retrouve ma vie ! Je veux dire, bien entendu, non pas dans le talent d’une Jane Austen, mais dans les conditions dans lesquelles ces auteurs femmes écrivaient. C’est dans la pièce commune de ma maison que j’ai commencé à écrire et que j’écris encore ! Quelle chance d’avoir un cerveau de femme qui peut se démultiplier ! Comment, sinon, aurais-je pu avoir l’esprit à mes romans, en même temps qu’un œil sur l’horloge du salon pour ne pas manquer le rendez-vous de ma fille chez le dentiste, ou surveiller que mon fils mette le couvert pour dîner ? Alors, quand le neveu de Jane Austen s’étonne qu’elle ait pu écrire dans de telles conditions, c’est parce qu’il est un homme et qu’il n’a pas la capacité de démultiplier son attention sans bâcler ni son travail ni ses enfants ! Ce qu’il nous reste à faire, à nous, les femmes : Tout le long du livre on peut penser que ces réflexions sur la condition des femmes, bien qu’instructives, sont du domaine de l’histoire ; aujourd’hui, malheureusement pas dans tous les pays, les femmes sont presque les égales des hommes, si ce n’est pas dans les faits, du moins dans les droits. On peut aussi penser que quand Virginia exhorte les femmes à écrire, même n’importe quoi, presque, afin d’ouvrir la voie à une grande poétesse ou romancière, oui, on peut penser : D’accord, Virginia, mais moi, douée ou banale, je ne suis ni écrivain, ni poète ; alors, pourquoi me demander cela ? C’est à la toute fin de cette chambre à soi que madame Woolf nous ouvre le fond de sa pensée : ce livre ne s’adresse pas aux hommes, il ne s’adresse pas non plus à chaque femme en particulier qui le lira. Ce livre s’adresse à toutes les femmes du monde ! Et c’est là le génie de Virginia qui nous dit à chacune de nous : libérez votre pensée, libérez vos actions. C’est la somme de toutes ces femmes libérées, chacune selon ses forces et ses faiblesses, selon ses moyens intellectuels et matériels, c’est cette progression commune qui ouvrira, un jour, la voie à quelques femmes d’exceptions. Des femmes qui écriront des pages si belles, si profondes, qu’elles éclaireront à leur tour les générations de femmes à venir. Quel souffle sur le monde, quelle ouverture d’esprit, quelle généreuse vision ! On comprend que Virginia Woolf, avec un esprit si au-dessus du commun des mortels (et des hommes !), ait désespéré parmi nos pensées étriquées. Virginia Woolf voulait un futur où les femmes auraient leur place, faisons-le aujourd’hui !© Gabrielle Dubois
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            • Bibliooophilia Posté le 14 Mars 2019
              « Tant que vous écrivez ce que vous avez envie d’ecrire, c’est tout ce qui compte ; et que cela compte pour des siècles ou seulement pour des heures, nul ne peut le dire. Mais sacrifier un cheveu de votre vision, une nuance de sa couleur, en déférence à quelque maître avec un pot en argent dans les mains ou à quelque professeur avec une règle dans sa manche, voilà la tricherie la plus abjecte ; en comparaison, le sacrifice de la richesse et de la chasteté, qu’on disait être le plus grand des désastres humains, n’est qu’une piqure de puce. » . Un roman, hors #readingclassicschallenge2019, car je l’ai lu en octobre ou novembre dernier et j’avais totalement oublié de poster un article dessus. . Pourtant, quel roman (ou essai) ! Publié en 1929, Virgina Woolf écrit une impressionnante réflexion sur la place des femmes dans la littérature et l’histoire particulièrement dans le contexte britannique. Leurs absences d’argent, aucun accès possible aux études, réduites à un statut domestique et vivant sous une dépendance quasi totale aux hommes, sans parler des doutes sur leur capacités et le découragement mis en place par les hommes, les femmes avaient une position peu facile. Quelques femmes... « Tant que vous écrivez ce que vous avez envie d’ecrire, c’est tout ce qui compte ; et que cela compte pour des siècles ou seulement pour des heures, nul ne peut le dire. Mais sacrifier un cheveu de votre vision, une nuance de sa couleur, en déférence à quelque maître avec un pot en argent dans les mains ou à quelque professeur avec une règle dans sa manche, voilà la tricherie la plus abjecte ; en comparaison, le sacrifice de la richesse et de la chasteté, qu’on disait être le plus grand des désastres humains, n’est qu’une piqure de puce. » . Un roman, hors #readingclassicschallenge2019, car je l’ai lu en octobre ou novembre dernier et j’avais totalement oublié de poster un article dessus. . Pourtant, quel roman (ou essai) ! Publié en 1929, Virgina Woolf écrit une impressionnante réflexion sur la place des femmes dans la littérature et l’histoire particulièrement dans le contexte britannique. Leurs absences d’argent, aucun accès possible aux études, réduites à un statut domestique et vivant sous une dépendance quasi totale aux hommes, sans parler des doutes sur leur capacités et le découragement mis en place par les hommes, les femmes avaient une position peu facile. Quelques femmes ont heureusement réussi a passé outre les interdictions et on les retrouve ou on les découvre volontiers sous la plume de Virginia. C’est grâce à elles que les femmes ont pu avoir accès à l’écriture, la littérature. Au final, on retient deux éléments nécessaires selon elle pour créer une œuvre romanesque : avoir de l’argent et un endroit à soi. Un essai vibrant, un hommage à toutes ces femmes, pour certaines oubliées. . Facile à lire, tout en métaphore et poésie, Une chambre à soi, est un très joli essai-roman philosophique. Liberté et audace. Sans oublier bien sûr, féminisme !
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            • Bookworm84 Posté le 13 Mars 2019
              Je ne me rappelle plus où j’ai vu ce titre, au sein d’une bibliographie. Était-ce dans une liste d’ouvrages féministes à lire ? Je ne me souviens plus. Toujours est-il que ce livre avait retenu mon attention car il évoquait les femmes et l’écriture – deux sujets qui me concerne ^^ C’était aussi l’occasion, pour moi, de découvrir la plume de Virginia Woolf, une autrice passée à la postérité. Une chambre à soi est un essai et non pas un roman, même si l’autrice se glisse dans la peau d’une romancière fictive pour explorer son sujet (et ainsi mieux éviter les reproches des critiques masculins) (on va y revenir plus tard). Le point de départ d’Une chambre à soi c’est, pour la narratrice, de répondre au sujet qui lui a été posé, à savoir : les femmes et le roman. À partir de là et au fil de ses pérégrinations tant à l’université qu’en bibliothèque pour nourrir sa réflexion, la narratrice va partager avec nous tout ce que ces deux mots mis en rapport lui évoque. Une chambre à soi à beau avoir été publié pour la première fois en 1929, son contenu reste d’une grande modernité. La plume de Virginia Woolf... Je ne me rappelle plus où j’ai vu ce titre, au sein d’une bibliographie. Était-ce dans une liste d’ouvrages féministes à lire ? Je ne me souviens plus. Toujours est-il que ce livre avait retenu mon attention car il évoquait les femmes et l’écriture – deux sujets qui me concerne ^^ C’était aussi l’occasion, pour moi, de découvrir la plume de Virginia Woolf, une autrice passée à la postérité. Une chambre à soi est un essai et non pas un roman, même si l’autrice se glisse dans la peau d’une romancière fictive pour explorer son sujet (et ainsi mieux éviter les reproches des critiques masculins) (on va y revenir plus tard). Le point de départ d’Une chambre à soi c’est, pour la narratrice, de répondre au sujet qui lui a été posé, à savoir : les femmes et le roman. À partir de là et au fil de ses pérégrinations tant à l’université qu’en bibliothèque pour nourrir sa réflexion, la narratrice va partager avec nous tout ce que ces deux mots mis en rapport lui évoque. Une chambre à soi à beau avoir été publié pour la première fois en 1929, son contenu reste d’une grande modernité. La plume de Virginia Woolf n’a rien perdu en terme d’accessibilité et d’ironie – ah ! Cette délicieuse façon, si anglaise, de placer une phrase mordante sous une exquise politesse ! – et ses réflexions sont toujours d’actualité. Virginia Woolf creuse son sujet sur 171 pages – cela paraît court et pourtant, son propos est extrêmement riche. Au point que je me suis d’ores et déjà promis de relire régulièrement cet essai, qu’il me semble en effet indispensable de lire au moins une fois dans sa vie, que l’on soit une femme ou pas, d’ailleurs. C’est riche au point que je sais déjà que je terminerai cette chronique en ayant l’impression de n’en avoir pas assez dit sur ce livre. En plus d’explorer la condition féminine et ses contraintes, l’écriture et ses affres, la narratrice tente d’imaginer ce qu’aurait laissé à la postérité la soeur de Shakespeare. Conclusion : elle aurait péri jeune, son génie étouffé, et n’aurait jamais pu laisser libre cours à sa créativité. Pour exemples, Virginia Woolf prend entre autres Lady Winchilsea, poétesse des XVII-XVIIIe siècles. Elle écrivit entre autres sur la condition des femmes de lettres de son époque. La narratrice souligne comment ses écrits furent moqués, voire conspués par des critiques – tous masculins. Cet exemple est cité au fil de toute une recherche de la narratrice, qui s’étonne qu’il n’y ait aucune oeuvre écrite signée de la main d’une femme avant une époque assez récente. C’est de là qu’elle relie l’expression de la créativité littéraire féminine aux contraintes que les femmes subissent, de manière générale, au quotidien. Ce ne sont pas là les seuls sujets de l’essai. Il est abordé également la question du jugement des écrits féminins (souvent par des hommes), de la construction psychologique des femmes (dans des livres écrits par des hommes), et, de manière plus large, de la façon dont sont perçus (par des hommes) les femmes qui se lancent dans l’écriture. Chaque fois, Virginia Woolf utilise des tournures de phrase si ironiques que j’en souriais. Elle a une façon exquise de tenir des propos acérés (mais bien vus) sans laisser la moindre aspérité où un détracteur pourrait s’accrocher (et donc l’attaquer). Une façon de faire qu’elle revendique même – certaines lignes sont très claires quant au fait qu’elle ne désire pas s’exprimer autrement pour ne pas prêter le flanc à de virulents critiques masculins. Et c’était en 1929 ! Virginia Woolf – à travers sa narratrice – conclut que, pour pouvoir écrire, une femme a besoin d’argent, de temps et d’une chambre à soi. On pourrait penser qu’aujourd’hui, en 2019, les femmes n’ont jamais eu autant d’argent, de temps et de chambre à elles. Qu’elles peuvent donc écrire comme bon leur semble. Eh bien… c’est justement parce que cette pensée s’avère fausse que j’ai lu ce livre avec un grand intérêt. Il suffit de voir le portrait de l’auteur-type de la rentrée littéraire 2018 dressé par Livres Hebdo pour s’en convaincre : l’auteur moyen est un homme de 55 ans. Un portrait-type qui, vu de plus près, montre les inégalités qui persistent entre auteurs et autrices. Les femmes travaillent davantage qu’en 1929, c’est un fait. Mais leur salaire reste en-dessous de celui des hommes et, en cas de grossesse, ce sont souvent elles qui aménagent leur temps de travail (ce qui s’accompagne d’une baisse de salaire), voire ne travaillent plus. On pourrait dire qu’elles ont du temps pour écrire, à présent qu’elles n’ont plus à gérer toutes les tâches de la maison et que les nouvelles technologies sont là pour en gagner, du temps. Mais la répartition des tâches – qui reste inégale, malgré la progression – tend à faire mentir cela. Surtout quand l’autrice doit cumuler travail hors écriture et écriture ! Et la chambre à soi, quand même ! Me direz-vous. Ce à quoi je vous réponds : et la charge mentale ? Eh oui. Même si une autrice a la chance de disposer d’une pièce pour elle seule, pour écrire, la charge mentale pèsera toujours dans un coin de sa tête, l’empêchant d’être pleinement sur son établi. Et s’il y a des enfants… Peut-on dire qu’une femme dispose d’une chambre à elle, rien qu’à elle, lorsque des enfants s’ajoutent à l’équation ? J’avais lu, un jour, que Ray Bradbury était reconnaissant que sa femme gère les enfants pendant qu’il écrivait. L’inverse est-il vrai ? Ce dernier paragraphe, loin de vouloir lancer des polémiques, est surtout là pour vous souligner à quel point Une chambre à soi, bien qu’ayant 90 ans, reste d’actualité. La plume de Virginia Woolf est toujours aussi incisive malgré son presque-siècle. Un essai qui fait mouche !
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            • Bibliozonard Posté le 6 Février 2019
              C'est certes un plaidoyer contre le manque d'égard porté à l'existence de la femme, de sa liberté d'expression, de sa condition féminine, de l'égalité des sexes. C'est plus qu'un pamphlet, celui-ci étant caractérisé par un ton et une forme satirique plus vindicative et engagée que peut prendre le petit livre qui nous intéresse. Nous sommes plutôt dans une réflexion dénonciatrice, oui, et bien sûr féministe ; mais c'est surtout un raisonnement plus profond qui va au-delà de la guerre des genres, c'est une cogitation androgyne, une contemplation salutaire. « Les essais de Virginia tels qu'Une chambre à soi et Trois Guinées traitent de l'avenir de l'éducation féminine et du rôle des femmes auteurs dans les canons littéraires occidentaux. »(Wikipedia) Un esprit libre a conçu ces pages. Celles-ci sont habitées par une intellectualiste hors norme, bouillonnante d'idées, révélée par un style d'écriture riche et s'arrachant au classicisme d'époque. Magnifique de bout en bout.
            • Abyssinia Posté le 3 Février 2019
              Réel pivot entre une analyse introspective de la place de la femme dans le domaine littéraire et un rapport calibré sur la condition féminine occidentale, cet essai présente une cartographie étiologique à la fois pragmatique et audacieuse des différentes sources du mutisme des femmes. Virginia Woolf promène alors le·a lecteur·rice dans une ballade activiste revigorante suivant plusieurs angles d’attaque, qui oscille entre une douce ironie et une prodigieuse acuité relative à cette origine aphasique. C’est au moyen d’une plume éveillée, parfois académique, mais teintée de malice que l’auteure dresse un rapport économique, social et psychologique perspicace sur la servitude des femmes depuis plusieurs siècle et qui demeure, de manière consternante, hautement actuelle. Si les contraintes sont raisonnablement singulières à chaque époque et culture -le joug financier masculin, l’exigence de la probité britannique ou bien la privation d’un espace privé-, l’affligeante coercition reste brûlante et révoltante. Malgré un premier chapitre énigmatique et peu accessible pouvant alors être un frein à la poursuite de la lecture, le livre est l’occasion de faire hommage aux femmes de la littérature que l’auteure cite à de multiples reprises, mais également de faire un traité apologétique de la figure androgyne si chère à Virginia... Réel pivot entre une analyse introspective de la place de la femme dans le domaine littéraire et un rapport calibré sur la condition féminine occidentale, cet essai présente une cartographie étiologique à la fois pragmatique et audacieuse des différentes sources du mutisme des femmes. Virginia Woolf promène alors le·a lecteur·rice dans une ballade activiste revigorante suivant plusieurs angles d’attaque, qui oscille entre une douce ironie et une prodigieuse acuité relative à cette origine aphasique. C’est au moyen d’une plume éveillée, parfois académique, mais teintée de malice que l’auteure dresse un rapport économique, social et psychologique perspicace sur la servitude des femmes depuis plusieurs siècle et qui demeure, de manière consternante, hautement actuelle. Si les contraintes sont raisonnablement singulières à chaque époque et culture -le joug financier masculin, l’exigence de la probité britannique ou bien la privation d’un espace privé-, l’affligeante coercition reste brûlante et révoltante. Malgré un premier chapitre énigmatique et peu accessible pouvant alors être un frein à la poursuite de la lecture, le livre est l’occasion de faire hommage aux femmes de la littérature que l’auteure cite à de multiples reprises, mais également de faire un traité apologétique de la figure androgyne si chère à Virginia Woolf -et de ce fait celle-ci garde un propos mesuré sur la responsabilité des hommes- qui en fera le corps principal dans son ouvrage Orlando. In fine, cette dernière, à la sagacité et l’humour étonnant-e-s, propose un hymne à l’écriture constituant un véritable outil pour combattre la soumission, sinon masculine, sociétaire.
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            Lisez inspiré avec 10/18 !
            Voyagez hors des sentiers battus, loin d'une littérature conventionnelle et attendue…