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L'amour et l'Occident

10/18
EAN : 9782264033130
Code sériel : 34
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 448
Format : 108 x 177 mm
L'amour et l'Occident

Date de parution : 21/03/2001

L'Occident, c'est avant tout une conception de l'Amour. Denis de Rougemont rejoint l'actualité la plus brûlante en traitant ce sujet éternel qu'il a su entièrement renouveler. Il a mis l'accent avec une autorité exceptionnelle sur les valeurs de fidélité que l'homme ne peut nier sans se condamner à la perdition.

EAN : 9782264033130
Code sériel : 34
Façonnage normé : POCHE
Nombre de pages : 448
Format : 108 x 177 mm

Ce qu'en pensent nos lecteurs sur Babelio

  • colimasson Posté le 10 Décembre 2018
    A force de lire des bouquins, on se dit parfois qu’on a fini par toucher le fond et que les conneries inscrites sur le papier ont fini par se faire une place d’honneur dans ce bouillon qui nous sert de cervelle. Qui aurait-on pu être sans cette infusion de jus de culture ? Il ne reste rien de toutes ces heures passées à déchiffrer les philosophes. Aucun de leur système ne résiste au moindre de nos déséquilibres hormonaux ou à la plus légère défaillance de notre système thyroïdien. La philosophie ne pèse pas bien lourd dans la régulation de notre métabolisme. L’Amour et l’Occident, thèse pondue en 1938 dans une extrême clairvoyance de la situation internationale, n’échappe pas à la règle même si elle nous permet d’épurer le paysage des barbouillis littéraires, philosophiques et tintouini. Programme : arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Et arrêter de croire que les lanternes sont une garantie de bonne vue. Le roman, à l’origine, était ce récit tragique qu’on nous offrait en pâture et dans lequel tout ce qui paraît avoir de la valeur devrait mériter qu’on s’écartèle et qu’on braille de souffrance toute sa vie dans l’attente d’une vision extatique qui viendrait nous... A force de lire des bouquins, on se dit parfois qu’on a fini par toucher le fond et que les conneries inscrites sur le papier ont fini par se faire une place d’honneur dans ce bouillon qui nous sert de cervelle. Qui aurait-on pu être sans cette infusion de jus de culture ? Il ne reste rien de toutes ces heures passées à déchiffrer les philosophes. Aucun de leur système ne résiste au moindre de nos déséquilibres hormonaux ou à la plus légère défaillance de notre système thyroïdien. La philosophie ne pèse pas bien lourd dans la régulation de notre métabolisme. L’Amour et l’Occident, thèse pondue en 1938 dans une extrême clairvoyance de la situation internationale, n’échappe pas à la règle même si elle nous permet d’épurer le paysage des barbouillis littéraires, philosophiques et tintouini. Programme : arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Et arrêter de croire que les lanternes sont une garantie de bonne vue. Le roman, à l’origine, était ce récit tragique qu’on nous offrait en pâture et dans lequel tout ce qui paraît avoir de la valeur devrait mériter qu’on s’écartèle et qu’on braille de souffrance toute sa vie dans l’attente d’une vision extatique qui viendrait nous prouver que tout ça, c’était pas pour rien. Le roman qui parle de rien, le roman qui parle d’un contentement égal, n’existe que depuis récemment et se fait rare. Il n’a généralement pas de succès, ce qui prouve bien que l’atavisme est puissant. Denis prend pour point de départ le roman de Tristan, avec sa meuf Iseut. Il nous découpaille le roman comme une volaille de Noël et nous raconte les banalités à son sujet : c’est l’histoire d’un amour impossible et malheureux, d’un amour d’autant plus passionnel qu’il échoue. Un amour tragique, comme tant d’autres. Oui mais, se demande Denis, ce qui est curieux, c’est que cette histoire aurait eu mille occasions de réussir, mais aucun des deux amants n’a voulu s’en emparer. Alors, pourquoi que non ? Parce que sans les obstacles, leur histoire d’amour aurait été un cruel échec, comme tous les rêves qu’on réalise. Denis ramène la littérature courtoise et le roman breton a l’influence de l’Eglise cathare à cette époque. Hypothèse lourdement attaquée : les troubadours n’auraient jamais parlé du catharisme. Oui mais, rétorque Denis, les surréalistes ne parlaient jamais de Freud non plus dans leurs poèmes, et pourtant ils ont été profondément influencés par sa méthode d’association libre. L’amour-passion malheureux, tel que glorifié dans TI, aurait donc été le produit du catharisme, une hérésie historiquement déterminée. Au fil du temps, ce mythe passionnel a pris son autonomie en s’éloignant de ses racines cathares, et c’est ce qui l’aurait rendu particulièrement dangereux. La signification originelle du mythe se perd mais non le mythe, qui devient littérature. Le sens évanoui devient quant à lui une rhétorique qui se contente d’exprimer des instincts naturels mais sans les dévier, sans les résoudre dans une perspective sacrée ou mystérieuse. On observe les différents visages que revêt le mythe au fil des siècles, jusqu’à l’époque moderne où, sous le coup de l’explosion des cadres de la société, le contenu du mythe envahit carrément la vie quotidienne. « Nous ne savions plus ce que signifiait cette diffuse exaltation de l’amour. Nous la prenions pour un printemps de l’instinct et pour une renaissance des forces dionysiaques persécutées par un soi-disant christianisme. Toute la littérature moderne entonna l’hymne de la « libération ». » Mais alors, se demande à très juste raison Denis, « d’où lui vient ce ton de désespoir ? » Le mythe envahit la politique, le sentiment national, la lutte des classes. Le mythe de l’amour-passion influence la politique et les techniques de guerre. On aboutit ainsi à des guerres « passionnelles », des guerres totales qui accomplissent avec puissance ce que recommande l’instinct de mort. Et encore, Denis n’avait pas vu la seconde guerre mondiale. Tout ceci, nous dit Denis, c’est le triomphe de l’Eros contre l’Agapè. Et lui donc de proposer un retour au sens des Evangiles. La fidélité, et les louanges d’Agapè, le genre de truc que n’importe qui trouverait chiant mais, justement, c’est parce que c’est chiant que c’est naturel, tout ce qui est au-delà ne serait qu’épuisement inutile de l’énergie. « Eros s’asservit à la mort parce qu’il veut exalter la vie au-dessus de notre condition finie et limitée de créatures. Ainsi le même mouvement qui fait que nous adorons la vie nous précipite dans sa négation. C’est la profonde misère, le désespoir d’Eros, sa servitude inexprimable : -en l’exprimant, Agapè l’en délivre. Agapè sait que la vie terrestre et temporelle ne mérite pas d’être adorée, ni même tuée, mais peut être acceptée dans l’obéissance à l’Eternel. » Denis redonne de la valeur à une fidélité qui serait moins une morale qu’une éthique, comme un signe de lucidité, comme un abandon des illusions qui conduisent l’humanité vers le piège des semblants. Denis nous conduit de l’analyse littéraire à une réflexion psychologique pragmatique et enrichissante qui prend la forme d’un hymne contre l’asservissement de l’individu aux sirènes des idéaux populaires (et bourgeois, c’est pareil maintenant de toute façon). Il déconstruit les mythes pour nous montrer que non, ça ne vient pas de nulle part, ça ne vient pas de l’inconscient collectif, ce ne sont pas des signaux de vérité envoyés par le grand sujet supposé savoir aux petits sujets à la con que nous pensons être. En vrai, un mythe, c’est une histoire qui a fait sens pendant des siècles chez les humains jusqu’à ce que son origine se dissolve dans les tréfonds du temps. Le culturel d’un jour devient le naturel du lendemain, et c’est toujours un peu de la faute du hasard, et des prédispositions de certains.
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  • Cyril_lect Posté le 9 Octobre 2017
    Ils est des livres qui sauvent la vie. Dans un essai poétique constamment réimprimé depuis l'édition définitive de 1957, Denis de Rougemont s'attaque à la seule question qui compte. Pourquoi aimons-nous ? Et surtout, pourquoi souffrons-nous lorsque l'amour s'arrête, pourquoi sommes-nous fascinés par cette douleur au point de la chérir secrètement ? Pourquoi la douleur d'amour nous obsède-t-elle au point d'irriguer toute la production culturelle de l'occident depuis... Depuis quand déjà ? Depuis qu'un texte est apparu, comme surgi du néant (ce qu'il n'est pas, comme le montre l'auteur) dans les premiers temps du XIIe siècle. Un texte fondateur, un texte qui dit le secret de l'âme occidentale, Tristan et Iseut. Il ramasse plusieurs traditions et son archéologie remonte aux premiers temps des religions monothéistes de l'Iran ancien via cathares, bogomiles et manichéisme. Le mythe tristanien recèle en son coeur une doctrine secrète, la fascination de la Mort, de la Grande Nuit, dissimulée sous le masque de l'Amour. L'amour courtois codifie en un rite la douleur de la séparation des amants, celle qui est secrètement désirée pour mieux jouir de la passion. Cette histoire, c'est, littéralement, le coeur vivant de la Littérature depuis plus de huit siècles. L'ouvrage qui fait suite, Les mythes de l'amour, montre la... Ils est des livres qui sauvent la vie. Dans un essai poétique constamment réimprimé depuis l'édition définitive de 1957, Denis de Rougemont s'attaque à la seule question qui compte. Pourquoi aimons-nous ? Et surtout, pourquoi souffrons-nous lorsque l'amour s'arrête, pourquoi sommes-nous fascinés par cette douleur au point de la chérir secrètement ? Pourquoi la douleur d'amour nous obsède-t-elle au point d'irriguer toute la production culturelle de l'occident depuis... Depuis quand déjà ? Depuis qu'un texte est apparu, comme surgi du néant (ce qu'il n'est pas, comme le montre l'auteur) dans les premiers temps du XIIe siècle. Un texte fondateur, un texte qui dit le secret de l'âme occidentale, Tristan et Iseut. Il ramasse plusieurs traditions et son archéologie remonte aux premiers temps des religions monothéistes de l'Iran ancien via cathares, bogomiles et manichéisme. Le mythe tristanien recèle en son coeur une doctrine secrète, la fascination de la Mort, de la Grande Nuit, dissimulée sous le masque de l'Amour. L'amour courtois codifie en un rite la douleur de la séparation des amants, celle qui est secrètement désirée pour mieux jouir de la passion. Cette histoire, c'est, littéralement, le coeur vivant de la Littérature depuis plus de huit siècles. L'ouvrage qui fait suite, Les mythes de l'amour, montre la dégradation du mythe tristanien jusqu'à la romance hollywoodienne. Il suit au plus près l'histoire du sentiment amoureux à travers les siècles. Ces deux maîtres-ouvrages disent comment la Culture prend en charge l'évolution de ces formes dans l'histoire des mentalités. Qu'elle est un vademecum qui in-forme le sentiment amoureux. Qu'elle enseigne sentiments et comportements. Comment chacun d'entre nous apprend quoi ressentir et penser. Ce qui travaille au plus intime, ne semble être que la répétition de comportements assignés et enseignés par la Culture dans toutes ses formes, par le leitmotiv ad nauseam de la Passion, forme indépassable de l'érotique du couple et de l'amour. Chacun rejoue à son insu et à sa manière, une même partition, apprise dès son plus jeune âge par la reproduction des mèmes. Je suis moins convaincu par le deuxième objectif de l'auteur, à savoir revivifier une tradition par l'invention du mariage chrétien, le remplacement de l'éros manichéen par l'agapé chrétien. Et puis l'énonciation a un peu vieillie, le style est un peu daté. Pourtant, au-delà de ces détails, malgré les critiques des historiens qui étrillent l'analyse de Denis de Rougemont, L'amour et l'occident garde un pouvoir de fascination intact. Peu soucieux de ces vétilles, il s'attache à décrypter la dimension poétique de l'existence et en ce sens, il est un ouvrage absolument libérateur, par-delà les décennies.
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  • frandj Posté le 7 Septembre 2015
    Denis de Rougemont (1906-1985) est un grand intellectuel suisse qui a beaucoup écrit, mais dont une des œuvres les plus connues est "L’amour et l’Occident". Relisant les notes que j’avais prises pendant que je lisais cet ouvrage, j’ai envie d’ en faire ici un très bref résumé. Selon l’auteur, une conception très particulière de l’amour est apparue en Occident. Elle a été développée pendant le Moyen-Age dans les romans de chevalerie, dans les poésies des troubadours, dans l’idée même de l’amour courtois. Elle consiste à considérer l’amour comme une passion malheureuse, qui s’impose aux amants et qui doit nécessairement s’affronter à des obstacles majeurs. En somme, il n’y a pas d’amour heureux; la folie de l’amour est la source à la fois de la félicité et du malheur. L’auteur relie directement ce type de conception (considérée comme purement occidentale) aux conceptions dualistes du manichéisme. Cette vieille religion, née en Orient, aurait eu une influence sur l’esprit ‘cathare’ en France. On sait que ces hérétiques ont été persécutés par l’Eglise catholique, dans toute la région toulousaine au sens large. Cette période coïncide sensiblement avec l’époque des trouvères (dans le Nord de la France) et des troubadours (dans le Sud). Je ne prétends... Denis de Rougemont (1906-1985) est un grand intellectuel suisse qui a beaucoup écrit, mais dont une des œuvres les plus connues est "L’amour et l’Occident". Relisant les notes que j’avais prises pendant que je lisais cet ouvrage, j’ai envie d’ en faire ici un très bref résumé. Selon l’auteur, une conception très particulière de l’amour est apparue en Occident. Elle a été développée pendant le Moyen-Age dans les romans de chevalerie, dans les poésies des troubadours, dans l’idée même de l’amour courtois. Elle consiste à considérer l’amour comme une passion malheureuse, qui s’impose aux amants et qui doit nécessairement s’affronter à des obstacles majeurs. En somme, il n’y a pas d’amour heureux; la folie de l’amour est la source à la fois de la félicité et du malheur. L’auteur relie directement ce type de conception (considérée comme purement occidentale) aux conceptions dualistes du manichéisme. Cette vieille religion, née en Orient, aurait eu une influence sur l’esprit ‘cathare’ en France. On sait que ces hérétiques ont été persécutés par l’Eglise catholique, dans toute la région toulousaine au sens large. Cette période coïncide sensiblement avec l’époque des trouvères (dans le Nord de la France) et des troubadours (dans le Sud). Je ne prétends pas que mon résumé soit exhaustif, ni même parfaitement conforme à la pensée de Denis de Rougemont. Mais je crois qu’il reflète passablement une bonne partie de ses thèses. Avec le recul, elles me paraissent très intellectuelles et beaucoup moins excitantes que je ne l’avais admis lors de ma première lecture. Ces sujets, à mon avis, n’ont jamais eu de retombées appréciables sur l’ensemble de la société. L’amour courtois ne fut jamais qu’une "fantaisie" gratuite, réservée à une infime minorité de belles âmes dans la caste privilégiée. Tout le reste de la société mâle n’a jamais cessé de convoiter, de mépriser, d’exploiter, de battre, de violer les femmes. D’ailleurs, aujourd’hui il en est encore ainsi dans de très larges strates des sociétés, en Occident comme en Orient. Donc les arguties de l’auteur m’apparaissent gratuites, trop théoriques, sans intérêt pratique pour la (bonne) conduite des individus et pour l’analyse (réaliste) des sociétés.
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  • Duluoz Posté le 6 Août 2015
    Une érudition "tristanesque", une connaissance des Cathares indéniables, mais "quid" de la connaissance de la femme ?
  • Sotek Posté le 14 Mai 2012
    Rougemont part d'une analyse du mythe médiéval de Tristan et Iseut pour fonder sa thèse sur la conception de l'amour en occident. De l'amour courtois du moyen âge à la crise du mariage du début du XXe siècle en passant par l'amour "divin" des grands mystiques du moyen âge, Rougemont tente d'expliquer ces phénomènes que l'on ne comprend pas toujours très bien. L'auteur met bien en valeur les différentes sortes d'amour tel que l'amour-passion / amour spirituel ou Eros / Agapè. D'un point de vue personnel, j'ai trouvé que l'argumentation de l'auteur était assez alambiquée par moment. Mais pouvait-il en être autrement d'un sujet aussi compliqué que l'amour ?
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